Essais

Les Littératures scandinaves

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D’érudition, Régis Boyer n’en manque pas. On ne l’ignorait certes pas, tant est conséquente sa bibliographie, mais avec Les Littératures scandinaves, troisième volume d’une « trilogie d’études scandinaves » (avec Mythes et religions scandinaves en 2012 et Histoires nordiques centrées sur les Vikings et l’Islande en 2013), il semble arpenter des domaines immenses dont le mot littérature ne serait que l’une des incidences, la plus tangible mais pas forcément toujours la plus évidente. Et Régis Boyer, grand laudateur de la culture nordique, entend ici avant tout remettre les pendules à l’heure. Des idées reçues circulent à propos de cet univers boréal qui a toujours fasciné notre monde occidental et continue de le faire, beaucoup sont erronées, voire totalement fausses. Il est bien que l’érudition soit ainsi quelquefois au service de la vérité. Ses « études littéraires », dont quelques-unes ont été précédemment publiées en revues, vont s’exercer en direction du « domaine ancien » (principalement l’Islande et ses sagas, son dada) ; le « domaine moderne » s’ouvre au Danemark (Georg Brandes, Karen Blixen), à la Norvège (Knut Hamsun, bien sûr, dont on ne cessera jamais de dire autant de mal, et pour cause, que de bien) ; et la Suède (Birgitta Trotzig, Stig Dagerman) : bref, Régis Boyer est fidèle à lui-même et aux auteurs qu’il célèbre depuis longtemps. Ajoutons que des « études de linguistique » terminent ce gros volume (« Pour présenter les langues scandinaves », « Des difficultés à rendre le vieux norois en français », etc.) et que des chapitres sont rédigés en anglais. Nombre d’idées reçues, à propos du Nord, donc, sauf une, déclare dès l’introduction Régis Boyer : « …Le fait est que la lumière qui sourd des grandes œuvres littéraires (et artistiques) du Nord est souvent noire et que l’on ne voit pas toujours, à première vue, pourquoi, tant s’en faut. » Si certains articles nous semblent quelque peu abscons (sur la poésie scaldique, par exemple), l’ensemble, éclectique et didactique au possible, bien qu’en partie déjà lu ici ou là auparavant, est extrêmement réjouissant.

 

* Régis Boyer, Les Littératures scandinaves, Riveneuve, 2016

Il faut lire les Lettres du Nord

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On connait Régis Boyer pour ses innombrables traductions, notamment du norvégien et de l’islandais, ses travaux sur la mythologie nordique et ceux sur les Vikings. Dans Pourquoi faut-il lire les Lettres du Nord ? (Les Belles lettres, 2013), l’ex-professeur de langues, littératures et civilisations scandinaves à l’Université de Paris-IV-Sorbonne nous offre un beau plaidoyer pour la découverte d’un domaine littéraire immensément riche et jamais à cours de jolies surprises. Il y a les grands noms, bien sûr, que Régis Boyer aime à recenser, les Snorri Sturluson, Henrik Ibsen, August Strindberg, Knut Hamsun, et il y a les auteurs plus récents, Jon Fosse ou Lars Lorén et tant d’autres. S’il se montre sceptique quant au succès du genre policier nordique, il rappelle cependant, et fort justement, son lien avec les sagas islandaises ou nordiques. « N’oubliez pas que nous sommes ici au paradis des contes – après tout (…) le plus grand écrivain scandinave s’appelle Andersen, mais il y a des émules comme le Finlandais écrivant en suédois Z. Topelius ou, plutôt directement pour les enfants, la Suédoise Astrid Lindgren. » Les histoires, les cultures et, finalement, les mentalités diffèrent entre les « gens du Nord » et ceux d’ici, souligne Régis Boyer, mais nous avons beaucoup à apprendre d’eux, eux qui ont toujours passionnément puisé dans la culture occidentale. Livre court et néanmoins bourré d’érudition, Pourquoi faut-il lire les Lettres du Nord ? constitue une excellente introduction à la littérature de pays trop souvent donnés, à tort, pour sombres ou tristes.

Littérature scandinave et identités européennes

Litterature scandinave

Ce sont des cours que Karl Ejby Poulsen nous donne à lire dans ce livre, Littérature scandinave et identités européennes. Des cours, grâce auxquels l’ex- professeur de littérature scandinave à l’Université de Paris IV – Sorbonne nous montre l’ancienneté des Lettres nordiques et leur inscription dans la littérature anglaise, germanique ou française de leur époque. Convoquant, outre les folkeviser du Moyen Âge scandinave, les noms prestigieux de Ludwig Holberg, Søren Kierkegaard, Steen Steensen Blicher, Edith Södergran, Hans Christian Andersen, August Strindberg, Georg Brandes, Henrik Ibsen, Camilla Collett, Bjørnstierne Bjørnson, Carl Jonas Love Almqvist ou encore Henrik Wergeland (liste non exhaustive), Karl Poulsen nous montre pourquoi tous ces auteurs furent, de leur vivant, de véritables précurseurs, tant par leur style que, souvent, par leurs idées, et pourquoi, également, ils demeurent importants. Si la lecture de cet ouvrage manque, selon nous, un peu d’unité, il n’en est pas moins indispensable pour appréhender les bases de la littérature nordique et découvrir plus longuement ses courants et ses grands auteurs.

 

* Karl Ejby Poulsen, Littérature scandinave et identités européennes (préf. Janine Poulsen, Sylvains Briens et Jean-François Battail), Orizons (Universités/Comparaisons), 2015

Vers l’abolition de la prostitution

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« Partout dans le monde, depuis le 19e siècle, les mouvements féministes revendiquent l’abolition de la prostitution. Cette exigence s’inscrit dans le prolongement logique de la campagne contre l’esclavage (…), qui était fondée sur la conviction qu’aucun être humain ne devait être réduit à l’état de marchandise. » Voici ce qu’écrivent Trine Rogg Korsvik et Ane Stø en introduction de Elles ont fait reculer l’industrie du sexe, un essai consacré à la lutte contre la prostitution et à ses succès dans les pays nordiques.

On se souvient que 343 « salauds », comme ils s’étaient eux-mêmes désignés (dans le prolongement, selon eux, du manifeste des « 343 salopes » en faveur de l’avortement de 1971) avaient, à la fin de l’année 2013, déclaré leur hostilité à la pénalisation des clients de la prostitution. Quelle atteinte à la liberté ce serait, en effet, s’il n’était plus permis de se payer une pute lorsque l’envie vous en prend… ! Et le Parlement a récemment rejeté le projet de loi. La Suède pénalise pourtant avec un certain succès les clients de la prostitution, imitée aujourd’hui par l’Islande et la Norvège. Il convient en effet de savoir si le trafic d’être humain, ce qu’est la plupart du temps la prostitution, est compatible ou non avec la démocratie. Nous ne le pensons pas et c’est pourquoi nous recommandons la lecture de ce livre, au ton parfois, peut-être, trop « règlement de comptes » (entre les instances gouvernementales et les groupes féministes), mais qui permet de mettre en avant les bases d’un débat indispensable et, espérons-le, d’une future avancée de la loi.

 

* Trine Rogg Korsvik et Ane Stø (dir.), Elles ont fait reculer l’industrie du sexe (le modèle nordique), trad. de l’ang. Martin Dufresne, Syllepse, 2015

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L’Année Baudelaire n°20

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« Fondée en 1995 par Claude Pichois, L’Année Baudelaire rend compte de la recherche baudelairienne et s’ouvre aux nouvelles générations de commentateurs de Baudelaire » : ainsi se présente cette revue qui consacre son n°20 (2016) à « Baudelaire dans les pays nordiques ». « L’ambition de ce numéro est d’illustrer la ‘fortune’ de Baudelaire au Danemark, en Suède et en Norvège », écrit Per Buvik (professeur émérite de littérature générale et comparée à l’université de Bergen et auteur d’ouvrages sur Baudelaire, J.-K. Huysmans ou Georges Bataille) en avant-propos. Suivent une quinzaine d’articles divers et érudits, replaçant l’œuvre du poète français dans un contexte inédit, celui de la littérature nordique. Du milieu du XIXe siècle à aujourd’hui, l’impact, dans les Pays nordiques, n’a pas été négligeable, comme s’essaient à nous le montrer Johannes Jørgensen (avec la reproduction d’un article de 1891 intitulé sobrement « Charles Baudelaire »), Kjell Espmark, Peter Poulsen, Christina Sjöblad ou encore Asbjørn Aarnes, etc. L’ouvrage s’achève sur une bibliographie des traductions de Baudelaire en Scandinavie assez conséquente.

 

* L’Année Baudelaire n°20, « Baudelaire dans les pays scandinaves », Librairie Honoré Champion, 2016

L’Empire de la mélancolie

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Consacrer un livre à étudier « l’univers des séries scandinaves », comme s’y exerce Pierre Sérisier avec L’Empire de la mélancolie, pourquoi pas ? Le phénomène, puisque incontestablement phénomène existe, mérite bien d’être pris en compte de manière sérieuse. Les séries télévisées ont considérablement évolué ces dernières années et les réa lisateurs des Pays nordiques ont, dans ce domaine, donné le la. Ils ont en effet proposé des « fictions exigeantes et ambitieuses » avec, dans leur manche, « deux atouts : la qualité des scénarios et l’authenticité dans la réalisation ». Ce qui a plutôt bien fonctionné, puisque les séries nordiques (proposées pour la plupart, en France, sur Arte) ont su gagner un public nombreux, pas forcément celui attendu. Songeons à Borgen (Danemark), à Forbrydelsen/The Killing (Danemark), à Wallander (Suède), à Äkta Människor/Real humans (Suède), à Lilyhammer (Norvège), à Okkupert/Occupied (Norvège) ou à Hraunið/Meurtre au pied du volcan (Islande), parmi d’autres : « Les séries scandinaves ont (…) pu apparaître élitistes, réservées à un public éduqué, façonné par la mondialisation et ouvert sur les cultures étrangères. » Néanmoins, jouant sur le registre de la qualité, elles se veulent à la fois grand public et pédagogiques et y parviennent bien. Il est vrai que les héros de ces séries n’ont rien de la superbe qui animaient les héros d’antan : « Là où les Américains proposaient sans relâche des héros plus grands que nature auxquels il devenait difficile de s’identifier, Suédois, Norvégiens et Islandais leur ont préféré des working class heroes. Leurs contradictions, leurs doutes, leurs craintes et leurs espoirs sont ceux des spectateurs… » L’Empire de la mélancolie est un essai intéressant et bienvenu, qui permet d’appréhender ces séries avec recul. Précisons juste à l’auteur (animateur d’un blog consacré aux séries TV et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet) que le couple d’écrivains Maj Sjöwall/Per Wahlöö ne s’inscrit pas du tout dans la tradition de Maria Lang et de Stieg Trenter, bien au contraire, puisque Sjöwall et Wahlöö sont à l’origine d’un renouveau total du roman policier dans les Pays du Nord, ce que tous les auteurs, de Mankell à Nesbø, reconnaîtront par la suite, en rupture, justement, avec le « whodunit » jusqu’alors en vigueur. Ajoutons encore, mais cela dépasse le cadre affecté à ce livre, que nous aurions aimé disposer d’un ouvrage reprenant les fiches techniques des séries : réalisateurs, années de sortie, lieux de tournage, acteurs et participants divers, etc.

 

* Pierre Sérisier, L’Empire de la mélancolie, Vendémiaire, 2017