Histoire

Vikings, des premiers raids à la création du duché de Normandie

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On sait que les Vikings se répandirent sur les côtes européennes au cours du IXe siècle. Ils finirent par s’implanter en Normandie, région dont Rollon devint le premier duc. Hier professeur de langues, littérature et civilisation scandinaves à l’Université de Caen, par ailleurs traducteur de nombreux ouvrages de langue danoise et norvégienne, Jean Renaud nous conte ici l’installation des hommes du Nord, surtout d’origine danoise, sur les terres de France et rappelle les nombreuses traces de ce passé toujours visibles en Normandie : « vestiges mis au jour par l’archéologie, empreinte humaine, restes norrois dans le patois normand et surtout un grand nombre de noms de lieux ». Mais les Vikings se sont mêlés plus ou moins rapidement à la population et bientôt, l’influence scandinave n’a plus guère été perceptible que dans les patronymes et la toponymie. « …Les Vikings n’étaient pas des barbares mais au contraire d’une culture qui n’avait rien à envier à celle de leurs contemporains », souligne encore Jean Renaud. Un bel ouvrage d’érudition comme cet auteur en livre régulièrement.

 

* Jean Renaud, Vikings, des premiers raids à la création du duché de Normandie, Ouest France, 2016

Vikings – À la conquête du monde celtique

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C’est une fois de plus un ouvrage plein d’érudition que nous livre Jean Renaud avec ce Vikings – À la conquête du monde celtique. Comme l’indique le titre, l’auteur (spécialiste de l’histoire des Vikings et par ailleurs traducteur de nombreux romans danois et suédois) s’attache, dans cette réédition augmentée, à présenter l’installation des Vikings en terre celtique. C’est à partir de la toute fin du VIIIe siècle que les Vikings déferlent sur différents territoires, notamment les pays celtes, relativement proches de leurs ports d’attaches : l’Écosse, l’Irlande, le Pays de Galles, la Cornouailles et la Bretagne. Guerriers et surtout commerçants, les Vikings entretiennent alors des rapports très étroits avec la population rurale déjà présente et influent grandement sur l’avenir de ces régions. De nombreuses traces de leur séjour peuvent encore être observées aujourd’hui. Jean Renaud nous les présente dans cet ouvrage dense et illustré, soulignant que « la présence scandinave dans le monde celtique a connu des développements fort différents d’un pays à l’autre » et rappelant que « d’un bout à l’autre du monde celtique, il y eut des échanges entre Celtes et Scandinaves » : « le brassage des cultures atteignit son apogée aux Hébrides et à l’île de Man (…), au point qu’on peut parler d’une véritable civilisation celto-nordique ». Pour regarder autrement les régions celtiques.

 

* Jean Renaud, Vikings – À la conquête du monde celtique, Ouest-France, 2017

Les Vikings en France

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Il y a mille raisons de se plonger dans ce petit volume de Jean Renaud : Les Vikings en France constitue une excellente synthèse sur l’implantation des fameux guerriers venus du Nord sur l’ensemble du territoire français ; cette réédition est, à vrai dire, beaucoup plus qu’une synthèse, elle est relativement complète, en dépit de ses seulement 120 pages ; pour ceux qui tiennent à en savoir plus, Jean Renaud propose des approches par thèmes (Les Vikings à la conquête du monde celtique ou Les Vikings, des premiers raids à la création du duché de Normandie, par exemple) ; ce volume est richement illustré : cartes montrant l’implantation et l’expansion des Vikings sur l’ensemble de la France, reproduction de tableaux (une riche iconographie existe sur le sujet), photographies d’objets, de monuments, ou de lieux, tels qu’ils se présentent à nous aujourd’hui… « Les Vikings ont joué dans l’histoire de France un rôle qu’on aurait tort de sous-estimer : déstabilisateur à bien des égards, certes, quand on considère la succession de ‘coups de main’, de batailles et de pillages ; mais néanmoins extrêmement stimulant, d’autant que la confrontation entre les Scandinaves et les Francs passent aussi par des phases où ils tentent de s’entendre, à défaut de se comprendre. »

 

* Jean Renaud, Les Vikings en France, Ouest-France, 2017

Joe Hill. Bread, roses and songs

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Le centenaire de la mort de Joe Hill, en 2015, a vu la ville de Gävle, au nord de Stockholm, lui consacrer une belle exposition. Signalons également la réédition augmentée de la biographie de Franklin Rosemont, Joe Hill. Bread, roses ans songs (première édition française en 2008). Né en 1879 à Gävle, Joel Emmanuel Hägglund, dit Joe Hill après son arrivée aux États-Unis, affirmera simplement être « né sur une planète appelée Terre ». Un citoyen du monde, autrement dit, ce prolétaire, qui bientôt n’aura cesse de défendre la cause de ses semblables. Bourlinguant d’une ville à l’autre de l’Amérique du Nord et de l’Amérique Centrale, militant du combattif syndicat IWW (Industrial Workers of the World, assez semblable à la CGT des tout débuts), il créera de nombreuses chansons, reprises jusqu’à aujourd’hui par des artistes comme Joan Baez. Bo Widerberg en fera le personnage central d’un film primé à Cannes en 1971. « Dans l’imagination populaire », écrit Franklin Rosemont, Joe Hill « représente toujours l’immigré maltraité, le pauvre sans abri, le hobo errant, le travailleur qui ose résister à la tyrannie, le non-conformiste courageux, le marginal persécuté, le prisonnier politique, le wage-slave (l’‘esclave salarié’) en révolte contre la classe des maîtres, la victime d’un coup monté injustement condamné et envoyé à la mort et, de ce fait, un martyr de la cause ouvrière. » Lié, dans l’Après-guerre, aux surréalistes et aux situationnistes, éditeur et spécialiste du mouvement ouvrier, Franklin Rosemont (1943-2009) livre ici une biographie partisane, voire militante – mais comment pourrait-il en être autrement avec un Joe Hill comme fabuleux sujet d’étude ? Son enquête (qui est aussi une passionnante histoire de l’IWW, tant le syndicat constitue une raison d’être de la lutte de Hill) s’est heurtée à la difficulté de retracer la biographie de Joe Hill de manière linéaire. « Une brassée de faits solides, quelques fortes présomptions et une pleine valise de conjectures et de suppositions plus ou moins fondées : telle est la substance de la biographie de Joe Hill. » Sur beaucoup de périodes les documents manquent, ce qui n’est pas spécifique à Joe Hill : en butte à une répression féroce et incessante, les militants ouvriers avaient, si l’on peut dire, d’autres chats à fouetter que de s’attacher à promouvoir leur biographie pour leurs laudateurs futurs. Quant aux archives de l’IWW, elles furent détruites par le gouvernement fédéral, ce qui montre bien le mépris avec lequel les classes laborieuses étaient alors traitées aux États-Unis. Chanteur, musicien, dessinateur, humoriste, militant ouvrier, Joe Hill, condamné à mort pour un crime qu’il a toujours nié (un « meurtre judiciaire » selon Franklin Rosemont), a inspiré tout un pan de la gauche américaine, notamment le Flower Power, cette gauche antiautoritaire qui fait heureusement pendant aux démagogues de droite extrême comme les Busch ou Trump. L’une des plus sympathiques voix américaines vient donc de Suède…

 

* Franklin Rosemont, Joe Hill, Bread, roses and songs (Joe Hill. The IWW & the Making of a revolutionary workingclass counterculture, 2002), trad. de l’am. Frédéric Bureau, préf. Fred Alpi, CNT-RP, 2015

Revue Deshima n°10

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« Revue d’histoire globale des Pays du Nord », Deshima se consacre plus particulièrement aux Pays-Bas et à l’histoire et la culture néerlandophones. Sa couverture des Pays nordiques englobe la Belgique, l’Allemagne et les pays autour de la Baltique. Les différents articles contenus dans le numéro 10 (2016) tentent de répondre à cette question : « Qu’est-ce que l’Europe du Nord ? » Le ton peut-être abscons : « L’Europe du Nord est (…) un concept polyphone et polysème (…) ; c’est un mythème du savoir narratif de l’Europe qui crée du sens, du sens narratif-historique/empirique, moral, intermédial et utopique/métaphysique, et c’est ainsi qu’il faut l’analyser et l’utiliser. » Ah bon ? D’autres articles, heureusement, se laissent plus aisément appréhender, comme celui d’Alessandra Orlandini Carcreff sur la Laponie et l’imaginaire que suscite cette région (« Voyages au bout du monde entre le XVe et le XIXe siècle. ‘Et pourquoi n’allons-nous pas, nous aussi, en Laponie ?’ »), ou celui de Laurence Rogations (« La Scandinavie et les Scandinaves dans la presse française à l’aube du XXe siècle »). Signalons également un article signé Anne-Estelle Leguy, « Quelle(s) identité(s) pour les peintres du Nord », consacré aux artistes finlandais des années 1880-1920 (notamment Albert Edlelfelt, Akseli Gallen-Kallela et Helene Schjerfbeck). Un numéro varié pour tenter, une fois de plus, de cerner la réalité d’une région que ses propres frontières ne suffisent pas à enfermer.

 

* Revue Deshima n°10, Presses universitaires de Strasbourg, 20