Cinéma

Le Havre

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Le cinéaste Aki Kaurismäki possède ses fans. Dont nous ne faisons pas partie. L’aspect, selon nous, humanitaro-kitsch de nombre de ses films ne nous séduit qu’à moitié. Le Havre emporte cependant notre enthousiasme. Pourquoi ? Peut-être parce que tout semble ici traité comme dans un conte, un conte d’aujourd’hui, affreusement moderne. Un gamin à la peau noire, sans papiers, erre dans les rues de la ville normande reconstruite après la Deuxième Guerre par l’architecte Auguste Perret et à présent classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Décor exceptionnel pour un parcours, hélas, loin d’être exceptionnel, en dépit des milliers de kilomètres parcourus et des difficultés rencontrées d’un bout à l’autre du voyage. Comme à son habitude, Aki Kaurismäki filme les regards pour célébrer les complicités. Qu’ils soient puisés dans les années 1950 ou dans la jungle de Calais, ses personnages ne sont pas des héros mais des êtres humains qui ressemblent à ceux que nous pouvons connaître, confrontés à une Histoire impossible à maîtriser. Leur comportement n’est pas tout à fait négatif, ni non plus tout à fait positif. Ils tentent de vivre ensemble, tout bonnement, et cet objectif plus ambitieux qu’il n’en a l’air, les conduit à lentement devenir rien moins que de paisibles héros. Originaire de cette ville, le chanteur Little Bob reprend le micro et s’agite sur scène comme un troll, soulignant d’un clin d’œil malicieux cette belle solidarité filmée, comme à son insu, comme par-dessus son épaule, par un Aki Kaurismäki très inspiré. Le Havre est un beau film.

 

 

* Aki Kaurismäki, Le Havre, 2011

 

+ Dans le n° 32 (automne 2016) de la revue Nordiques, un article de Aymeric Pantet : « Aki Kaurismäki, un cinéaste cinémathèque ». L’auteur propose d’examiner l’œuvre du cinéaste finlandais sous l’angle des références cinématographiques présente d’un film à l’autre. Intéressant. « …Cette dimension n’en est qu’une parmi d’autres au sein de l’œuvre de Kaurismäki. Toutefois, cette approche permet d’appréhender la structure filmique et le discours sur le monde développé par le cinéaste. Le rapport qu’il entretient avec l’art cinématographique et l’importance qu’il accorde à l’archivage donnent une clé de compréhension des grands enjeux de son cinéma. »

Fruit défendu

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Dans Fruit défendu (Kiellety hedelmä), la caméra de Thomas Dome Karukoski (né en 1976) offre de belles images de la Finlande, aussi bien de ses paysages ruraux que de ceux d’Helsinki. De belles images également de l’adolescence. Deux amies à peine majeures quittent leur famille, adeptes de la doctrine du pasteur luthérien suédois Lars Levi Læstadius (1800-1861), pour travailler dans une blanchisserie industrielle. La capitale suscite mille envies, qu’elles tentent ou non de réfréner ; leur sexualité balbutiante les désarçonne. Mais si l’une a du mal à désobéir aux ordres rigoureux de la communauté læstadienne, la seconde entend profiter de ce qu’elle découvre. Pourtant, la puissance de la communauté reprend le dessus et quand l’une des deux rentre dans le rang, ce n’est pas celle qui était attendue au tournant. Un beau film, plutôt déroutant, qui laisse le spectateur juge. (Sur un sujet proche mais traité de façon complètement différente, mentionnons le film de Mikko Niskanen, Amour libre, 1967.)

 

* Dome Karukoski, Fruit défendu (2009), Artedis