Cinéma

Le Havre

Unknown 233

Le cinéaste Aki Kaurismäki possède ses fans. Dont nous ne faisons pas partie. L’aspect, selon nous, humanitaro-kitsch de nombre de ses films ne nous séduit qu’à moitié. Le Havre emporte cependant notre enthousiasme. Pourquoi ? Peut-être parce que tout semble ici traité comme dans un conte, un conte d’aujourd’hui, affreusement moderne. Un gamin à la peau noire, sans papiers, erre dans les rues de la ville normande reconstruite après la Deuxième Guerre par l’architecte Auguste Perret et à présent classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Décor exceptionnel pour un parcours, hélas, loin d’être exceptionnel, en dépit des milliers de kilomètres parcourus et des difficultés rencontrées d’un bout à l’autre du voyage. Comme à son habitude, Aki Kaurismäki filme les regards pour célébrer les complicités. Qu’ils soient puisés dans les années 1950 ou dans la jungle de Calais, ses personnages ne sont pas des héros mais des êtres humains qui ressemblent à ceux que nous pouvons connaître, confrontés à une Histoire impossible à maîtriser. Leur comportement n’est pas tout à fait négatif, ni non plus tout à fait positif. Ils tentent de vivre ensemble, tout bonnement, et cet objectif plus ambitieux qu’il n’en a l’air, les conduit à lentement devenir rien moins que de paisibles héros. Originaire de cette ville, le chanteur Little Bob reprend le micro et s’agite sur scène comme un troll, soulignant d’un clin d’œil malicieux cette belle solidarité filmée, comme à son insu, comme par-dessus son épaule, par un Aki Kaurismäki très inspiré. Le Havre est un beau film.

 

 

* Aki Kaurismäki, Le Havre, 2011

 

+ Dans le n° 32 (automne 2016) de la revue Nordiques, un article de Aymeric Pantet : « Aki Kaurismäki, un cinéaste cinémathèque ». L’auteur propose d’examiner l’œuvre du cinéaste finlandais sous l’angle des références cinématographiques présente d’un film à l’autre. Intéressant. « …Cette dimension n’en est qu’une parmi d’autres au sein de l’œuvre de Kaurismäki. Toutefois, cette approche permet d’appréhender la structure filmique et le discours sur le monde développé par le cinéaste. Le rapport qu’il entretient avec l’art cinématographique et l’importance qu’il accorde à l’archivage donnent une clé de compréhension des grands enjeux de son cinéma. »