Jeunesse

Brindille et Ficelle/Jojo Boulazéro

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Les points communs entre les aventures de Brindille et Ficelle, deux jeunes héroïnes mises en scène par Sinikka (née en 1953) et Tiina Nopola (née en 1955), et celles de Fifi Brindacier, de la suédoise Astrid Lindgren, ne manquent pas, à commencer par cette succession de gags et la capacité des deux sœurs à évoluer dans un monde où, si les adultes sont présents, ils n’en sont pas les principaux acteurs. Il y a aussi les traductions françaises des noms de personnages : notamment Ficelle/Fifi et Brindille/Brindacier. Signées Salla Savolainen (née en 1962), les illustrations rappellent également beaucoup celles d’Ilon Wikland, qui a su donner au monde d’Astrid Lindgren un véritable paysage. Mais Brindille et Ficelle possèdent leur propre personnalité. Les sœurs, que deux ou trois années séparent, se chamaillent à propos de tout et de rien, la plus petite Ficelle, toujours un peu jalouse de l’aînée, sous l’œil parfois inquiet de leurs parents, discrets mais pas inexistants. L’irrévérence n’atteint pas celle développée par Fifi et l’humour n’est pas à plusieurs niveaux de lecture. Une série (plusieurs volumes sont prévus) amusante, ces réserves énoncées, à laquelle adhéreront sans difficulté les enfants d’une petite dizaine d’années.

 

* Sinikka Nopola/Tiina Nopola, Brindille et Ficelle/Jojo Boulazéro (Heinähattu, Vilttitossu ja Kalju-Koponen, 2012), trad. Johanna Kuningas, ill. Salla Savolainen, Didier Jeunesse (Mon marque-page), 2017

La Véritable histoire de Noël

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Moins nunuche que le titre et la couverture peuvent le laisser penser, ce roman (auparavant un film) de Marko Leino (né en 1967 et, par ailleurs, scénariste), La Véritable histoire de Noël, raconte la naissance du mythe du Père Noël. Lorsque le jeune Nicolas, cinq ans, se retrouve orphelin, après la noyade en mer Baltique de ses parents et de sa petite sœur, les habitants du village décident de le prendre en charge à tour de rôle. Chaque famille, une année durant, car toutes, trop pauvres pour s’occuper de lui à plein temps. Mais un homme bourru, qui prétend ne pas aimer les enfants, ébéniste de son état, finit par l’accueillir et lui apprendre son métier. Nicolas travaillait déjà le bois et distribuait à Noël (date anniversaire de la disparition des siens), aux enfants, pour les remercier de leur accueil, des cadeaux qu’il fabriquait lui-même. À partir de maintenant, il vit « hors du temps, sur la roue imaginaire régie par les saisons ». Au-delà de la biographie du « bonhomme de Noël », ce roman met en avant les idées de différence, de solidarité (« un sentiment inexplicable, une sensation fulgurante qui faisait palpiter son cœur dans sa poitrine »), de transmission et même de simplicité (les jouets sont en bois, fabriqués à la main), s’opposant ainsi au consumérisme propre à cette fête.

 

* Marko Leino, La Véritable histoire de Noël (Joulutarina, 2007), trad. Alexandre André, Michel Lafon, 2014

Mousse

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Si vous êtes parent d’un tout jeune enfant ou s’il y en a dans votre entourage, laissez-vous tenter, pour lui en faire la lecture, par ce petit album de Oili Tanninen, Mousse. Née en 1933, Oili Tanninen est l’auteure et l’illustratrice d’une vingtaine de livres pour les jeunes enfants comme celui-ci, au graphisme sobre et destiné aux plus d’un an. Accompagnée d’un CD (lecture et bruitages), Mousse est une belle historiette hors du temps sur le thème de l’amitié.

 

* Oili Tanninen, Mousse (Hippu, 1969) (+ CD), Benjamins media, 2016

Le Monstre nounou

9782221196175

Cette mère a gagné un séjour tout compris en Laponie. Un « assistant » a même été prévu pour prendre soin de ses trois enfants pendant son absence. Mais attention, la prévient le courrier qu’elle reçoit la veille de partir, il s’agit d’une « créature à moitié humaine, appelée autrefois ‘croquemitaine’, ‘troll des forêts’, ou tout simplemlent ‘monstre’. » Les enfants sont aussi ravis que curieux et quelque peu craintifs mais à leur âge, on n’a bien sûr pas peur très longtemps. Et le monstre, qui apprivoise les enfants tout comme eux l’apprivoisent et qui est doté de quelques pouvoirs qui n’appartiennent évidemment qu’aux monstres, va leur permettre de se lancer dans une série d’expériences nouvelles et imprévues.

 

* Tuutikki Tolonen, Le Monstre nounou (Mörkövahti, 2015), trad. de l’ang. Magali Duez, illustrations Pasi Pitkänen, R. Laffont (R, jeunesse), 2016

L’Île des monstres

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Après Le Monstre nounou, voici L’Île des monstres, de Tuutikki Tolonen, avec Mimi, une petite fille qui suit son ami le monstre Grah dans le monde souterrain. Des monstres, il y en a ici partout : « …La forêt était criblée d’yeux de monstres ronds et luisants » mais heureusement, la plupart sont parfaitement fréquentables. Une bonne série à destination des enfants qui savent bien lire et aiment les univers fantastiques. 

* Tuutikki Tolonen, L’Île des monstres (Mörköreitti, 2016), trad. Alexandre André, Robert Laffont (R, jeunesse), 2017

Maresi

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Signé Maria Turtschaninoff (Finlandaise d’expression suédoise, née en 1977), Maresi, Chroniques de l’Abbaye Écarlate est ce que l’on appelle un roman initiatique. Des femmes de tous âges, mais seulement des femmes, vivent recluses sur une île, on ne sait trop quand, on ne sait où, peut-être en Méditerranée. Nombre d’entre elles sont arrivées là après avoir subi les violences des hommes. Elles se passent très bien d’eux. « Il existe plusieurs raisons pour qu’une jeune fille rejoigne l’Abbaye. Certaines familles pauvres du continent envoient leur fille ici tout simplement parce qu’elles n’ont plus les moyens de s’occuper d’elle. D’autres découvrent que leur fille est particulièrement intelligente et désireuse de s’instruire, et la confient à l’Abbaye pour qu’elle acquière la meilleure éducation possible pour une femme. » Mais beaucoup ont été répudiées de chez elle car jugées trop laides ou pas assez compétentes pour se marier, ou se sont enfuies pour échapper aux mauvais traitements. Comme cette mystérieuse Yaï, avec qui Maresi, la narratrice, se lie d’amitié. Roman de science-fiction, roman d’une utopie, Maresi est traité avec beaucoup de tact. On peut bien sûr songer, à la lecture de ce beau roman, au sort fait aux femmes dans certains pays où « les gens sont dominés par la superstition et l’ignorance » et « où les femmes n’ont pas le droit d’apprendre, ni même de s’exprimer ».

 

* Maria Turtschaninoff, Maresi, Chroniques de l’Abbaye Écarlate (Maresi, Krönikor från röda klostret, 2014), trad. du suédois Johanna Kuningas, Rageot, 2017