Poésie

École de la vie

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 « Il y avait des couloirs,

le visage de craie.

Il y avait une règle

et la voix du maître

avec la pointe du compas.

Il y avait du bruit dans les escaliers

et les ailes de papillons

volaient vers le dehors à travers les fenêtres

puis palissaient.

Il y avait une salle pour faire des voltes

contre l’obscurité,

un effritement de langues

Rapiécé – » (Bo Carpelan)

 

« École de la vie », in La Source (Källan), trad. du suédois Pierre Grouix et Gunilla von Malmborg, éd. Rafael de Surtis, 2002.

Finlandais de langue suédoise, bibliothécaire et critique littéraire, Bo Carpelan (1926-2011) a publié des livres pour enfants, des pièces de théâtre et des romans, dont deux ont été traduits en français : Axel (Gallimard, 1990) consacré au compositeur Jean Sibelius, et Le Vent des origines (Gallimard, 1997). On lui doit surtout, cependant, une œuvre poétique considérable, à découvrir ou à redécouvrir (publiée chez divers éditeurs, notamment L’Atelier La Feugraie et Rafael de Surtis).

 

 

Pentti Holappa, ministre autodidacte

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« Les assassins en costume vert parcourent les sentiers en souriant.

Leurs dents sont blanches, elles ont été lavées au sang.

Quel triste jour. Le moyen âge se termine à peine,

à compter de ce jour l’avenir commence,

quand la minute se brise pour se fondre dans l’infini.  »

 

« Images naturelles n°6 », in N’aie pas peur, trad. Gabriel Rebourcet, Atelier La Feugraie, 2001

Né en 1927, Pentti Vihtori Holappa est, dès l’âge de douze ans, garçon de courses pour un journal conservateur. Autodidacte, il exercera ensuite de nombreux métiers, dont celui de bouquiniste après avoir été brièvement ministre, et traduira de nombreux auteurs de langue française (Baudelaire, Reverdy, Ponge, Robbe-Grillet, Le Clézio, etc.). Seul de ses romans à être traduit en français, Portrait d’un ami (Ystävän muotokuva, 1998 ; trad. Léa de Chalvron et Gabriel Rebourcet, Riveneuve, 2000) relate, selon Gabriel Rebourcet, « une relation amoureuse, d’un intense érotisme homosexuel, où la passion, la tendresse, l’extase intellectuelle et la cruauté cherchent à trouver leur place dans le même lit ».

Deux traductions du Kalevala

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l’Université de Helsinki et traducteur de nombreux auteurs de langue finnoise :

À comparer avec la traduction (Stock, 1931) qui a longtemps fait référence en France, celle de Jean-Louis Perret, docteur ès-lettres, lecteur de français à l’Université de Helsinki et traducteur de nombreux auteurs de langue finnoise :

 

« Voici qu’un désir me saisit,

L’idée m’est venue à l’esprit

De commencer à réciter,

De moduler des mots sacrés,

D’entonner le chant de famille,

Les vieux récits de notre race… »

 

On dit qu’une traduction vieillit plus vite que le texte original. Qu’une traduction doit être renouvelée à chaque génération… À voir. Toujours est-il que comparer deux traductions d’un même texte (on peut maintenant le faire avec Selma Lagerlöf, August Strindberg ou Knut Hamsun, sans parler de H.-C. Andersen !) n’est jamais inintéressant.

Le Kalevala, suite

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Remarquons la sérieuse étude de Juliette Monnin-Hornung, Le Kalevala, ses Mythes, ses Divinités, ses Héros, sa Magie (éditions Nicolas Junod, coll. Mythes et Sociétés, 2015). « Le Kalevala enchante par le fourmillement de ses images chatoyantes, par la grandeur de ses mythes qui entraînent dans l’immensité du cosmos, et par les rapports de l’homme avec la nature, dont il n’est pas l’utilisateur ni le contemplateur, mais dont il fait partie intégrante. » Composé par Elias Lönnrot (1802-1884), médecin de campagne et poète, le Kalevala est une suite de chants interprétés à l’origine par des bardes illettrés et appartenant au folklore finlandais. Lönnrot a sillonné la campagne finlandaise afin de recueillir des bribes de mémoire qui, sinon, auraient disparu ou seraient restées éparpillées. Paru en 1835 puis, dans sa version définitive, en 1849, le Kalevala constitue l’acte de naissance de la littérature finlandaise. Œuvre universelle, il compte plus de 22000 vers et prône le pacifisme et l’idée d’une communion de l’homme avec la nature. Le compositeur Jean Sibelius (1865-1957) le célébra à plusieurs reprises (« Kullervo », « Le cygne de Tuonela », etc.). Juliette Monnin-Hornung n’a pas tort de comparer le Kalevala aux plus grands titres de la littérature mondiale : La Divine comédie de Dante ou Don Quichotte de Cervantès.

Signalons également, de Ville Ranta (né en 1978), L’Exilé du Kalevala (trad. Kirsi Kinnunen, Çà et là, 2010), une biographie romancée et mises en images de la vie de Elias Lönnrot. 

Le jardin de la vie

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Il y a de très beaux textes dans ce recueil du poète Lassi Nummi (1928-2012), Le Jardin de la vie, publié en version bilingue. D’autres, qui nous touchent peut-être moins – en cause, les sujets abordés. Mais d’une écriture toujours très riche et empreinte d’une grande sensibilité. La nature est là, célébrée, la nature finlandaise, majestueuse. Lassi Nummi, « hédoniste modéré » comme il se décrivait lui-même selon Osmo Pekonen dans sa présentation de l’ouvrage, livre une poésie moderne, ouverte sur la vie quotidienne.

« Les grues d’un bord à l’autre du ciel

en un seul cri : en route, en route, point de havre,

en route pour un foyer qui n’existe pas, pour nulle part, en route,

de demeure, point, mais le vent des amours qui emporte, qui fend

l’aile frôlant l’aile, sur les vagues de l’air qui bercent

au même rythme, dans les flammes de l’air… »

 

* Lassi Nummi, Le Jardin de la vie (Elämän puutarha), trad. Yves Avril ; éd. bilingue présentée par Osmo Pekonen et Yves Avril, Paradigme, 2015