Romans policiers

La Maison de vos rêves

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Martti Linna (né en 1966) avait déjà publié Le Royaume des perches, un roman à peine policier – à peine, en ce sens qu’il accordait une grande place au décor (une Finlande comme il se doit boisée et baignée de lacs) et que ses personnages, qui se répondaient avec un ton très juste les uns les autres, finissaient par évacuer l’intrigue policière. On retrouve dans La Maison de vos rêves le capitaine Reijo Sudenmaa. Un patron d’entreprise (Haliwood, une boîte de construction de maisons en rondins « disposés à la verticale ») est victime de tentatives d’assassinat. Qui lui en veut ? Son frère, qui est aussi son associé ? Un employé ? Un client ? Sudenmaa enquête à son rythme, obnubilée, lui le père célibataire, par sa fille de quinze ans dont le comportement ne cesse de le décontenancer. Le fonctionnement de l’entreprise (qui peut parfois rappeler IKEA) est censé protéger le bien-être de ses employés mais pourquoi, lors d’un sondage mené parmi ceux-ci, une réponse vient-elle contredire cette ambition ? « Le village-témoin de Haliwood avait été établi dans une vaste pinède au bord d’un lac. » Tout est-il paisible ? La Maison de vos rêves est un roman plutôt original, notamment parce qu’il aborde le monde du travail, en l’occurrence l’ébénisterie et l’ameublement, avec un luxe de détails, mais les réflexions de Sudenmaa et des divers autres personnages nous semblent un peu lourdes. Les comparaisons femme/jument, les jugements de valeur sur le fait qu’une femme ait deux amants… Hum !

 

* Martti Linna, La Maison de vos rêves (Kuolleita unelmia, 2010), trad. Paula et Christian Nabais, Gaïa (Polar), 2016

 

Sombre est mon cœur

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Le premier roman de Antti Tuomainen (né en 1971) traduit en français, La Dernière pluie, transportait le lecteur dans une Finlande apocalyptique, en proie à de très importants changements climatiques et à la guerre civile. Sombre est mon cœur est de facture plus classique et s’inscrit clairement dans le genre roman policier – ou roman noir, plus précisément, puisque la police en est relativement absente. Le narrateur, un certain Aleksi Kivi (« Comme l’écrivain ? Non, lui, c’était Aleksis Kivi. Ma mère était une fervente lectrice et une amoureuse du finnois »), entend faire la lumière sur la disparition de sa mère vingt ans plus tôt, lorsqu’il n’avait que treize ans. La police n’a jamais suivi sérieusement aucune piste et n’a pas fait le lien avec un autre meurtre similaire. Car sa mère a été assassinée, Aleksi en est convaincu, et pour découvrir la vérité, ce charpentier qui a été bouquiniste (« Ça n’a pas du tout marché. Je vendais les livres à bas prix, je voulais que les gens les lisent. ») se fait embaucher dans un manoir de la côte balte, dont le propriétaire correspond au portrait qu’il a du meurtrier. Mais qui va observer l’autre ? Qui va manipuler l’autre ? Antti Tuomainen s’attache, pour faire avancer son intrigue, à la psychologie des personnages. Avec raison : son roman, de facture certes très classique, est convaincant.

 

* Antti Tuomainen, Sombre est mon cœur (Synkkä niin kuin sydämeni, 2013), trad. Alexandre André, Fleuve noir, 2015

Aussi noir que ton mensonge

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Il y aurait, au nord de la Finlande, une mine de nickel dangereuse pour la santé des habitants de la région. Un gros complexe minier, exploité par une société privée, avec l’aval des autorités publiques, trop heureuses de voir des emplois créés dans cette zone reculée. C’est tout au moins le message que reçoit Janne Vuori, journaliste au Quotidien de Helsinki (« …dernier journal de taille moyenne du pays (…), en grande difficulté »), dans les premières pages de ce nouveau roman de Antti Tuomainen (né en 1971), Aussi noir que ton mensonge. Le lendemain, le voici sur place qui frappe à la porte de l’entreprise. Tout est transparent, lui déclare-t-on, mais pourtant, on l’éconduit poliment. Antti Tuomainen nous a déjà habitués à des romans noirs, plus que policiers, ou à des romans d’anticipation. Ici, il y a un peu de tout cela, sur un fond d’écologie. Et Janne Vuori met le doigt sur une affaire qui risque de lui coûter cher, notamment de détruire sa vie de famille, lui qui n’a pas vu son père, un « tueur à gages », depuis trente ans – son âge. Au point que mieux vaut peut-être, pour lui, demander à son directeur un changement de poste. « Tu veux vraiment y renoncer ? Tu as des informations internes, un indic, tu es allé sur place, tu as les notes de Lehtinen et je ne sais quoi encore », lui répond ce dernier, dubitatif. Mais Janne Vuori revient sur sa décision et l’enquête repart avec les quelques morts nécessaires et les déboires écologico-financiers de rigueur. Il y a pire, comme lecture, ou, à l’évidence, il y a mieux.

 

* Antti Tuomainen, Aussi noir que ton mensonge (Kaivos, 2015), trad. Alexandre André, Fleuve (Noir), 2016