Poésie

Tarjei Vesaas

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 « Quelque part se trouve un trait final.

Les roseaux s’inclinent sous le vent nocturne.

Le soleil du ciel frappe les profondeurs de la terre.

Des roseaux peuvent s’agrandir et scintiller

Dangereusement, s’inclinent face à la puissance

Mais se dressent vers le soir.

De grands jours sont entraînés

à l’aide du ciel.

Les sèves montent au sommet des arbres les plus hauts. »

 

(« Vent de nuit », in Tarjei Vesaas, Être dans ce qui va, trad. Éva Sauvegrain et Pierre Grouix, Rafael des Surtis/Éditinter, 2006)

Tarjei Vesaas (1897-1970) est l’auteur d’une œuvre considérable constituée de romans et de poèmes. Que trouve-t-on de lui aujourd’hui en librairie ? À lire pour se sentir un tout petit moins bête.

Vie auprès du courant

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Il se trouve toujours et encore des textes inédits à éditer, en français, de Tarjei Vesaas, et nous ne nous en plaindrons pas. Le dernier, ce recueil de poèmes intitulé Vie auprès du courant (avec, à sa suite, le texte original en nynorsk), est tout simplement excellent. Ne taisons pas notre bonheur de lecture, en effet. Vesaas nous invite ici à cheminer avec lui en ces lieux qui sont les siens, il nous les montre, cet arbre, ou le soleil, cette « cascade brûlante », le « soir obscur sur le chemin du retour », toutes choses banales au point d’en perdre l’insignifiance et de se parer d’une acuité singulière, inédite, d’une beauté immense. Vesaas sait nous parler avec une sobriété complice, « la clairière lévite autour de moi », dit-il, et c’est un monde qu’il met à nu, qu’il pose dans sa paume, sur lequel il souffle et que nous pouvons contempler d’infinis instants. Que de beauté, que d’intelligence, que de sensibilité, ici, que Vesaas peigne un lac ou une montagne ou le « vent nocturne » de ses mots précis et cependant jamais définitifs, qu’il nous indique comme en passant les « dures créatures à carapaces sur le dos » sous terre ou les « petits rongeurs » qui meurent sous le poids de la neige, ou bien qu’il nous désigne une « barque noire goudronnée » ou encore un « camion au long cours », ce TIR « qui doit avancer, avancer, avancer »… Tarjei Vesaas nous ouvre un monde, son monde, vif et quiet – pourtant –, un monde où la vie est partout et si l’écrivain est mort en 1970, peu après avoir relu les épreuves de ce recueil, sa voix heureusement ne s’est pas tue.

 

* Tarjei Vesaas, Vie auprès du courant (Liv ved straumen, 1970), trad. du nynorsk Céline Romand-Monnier (avec la complicité de Guri Vesaas et Olivier Gallon), postface Olivier Gallon, La Barque, 2016

« Le pessimiste »

« Dans l’instant/tous les jours sont grands./L’herbe est verte/et l’air chaud./Mais ces temps formidables,/à quoi les employer ?/Les voitures et les cheminées/ont rendu l’air toxique./L’air toxique/des hommes l’ont épuisé/pour s’en remplir les poumons./Le bavardage a exténué/tous les mots valables. » (Tarjei Vesaas, in Vie auprès du courant)