Société

L’Homme et le bois

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Voici un succès de librairie étonnant, un ouvrage (quasiment un beau livre, avec ses nombreuses photos) consacré exclusivement au bois, de l’arbre au billot, puis à la bûche : L’Homme et le bois, de Lars Mytting. « …Parce que la relation de l’homme au feu est si ancienne, concrète et universelle, le bois nous touche toujours au plus profond de nous », écrit dans son texte d’avant-propos l’auteur, né en 1968, journaliste, éditeur et, depuis la parution de ce livre en Norvège en 2011, écrivain à plein temps (la parution de ses romans, en France, est d’ailleurs annoncée chez Actes sud). Peut-être, lors de vos voyages dans le Nord de l’Europe, observez-vous, dubitatif, les forêts qui s’ouvrent devant vous sur des dizaines ou des centaines de kilomètres d’affilée ?... Lars Mytting parle de ces arbres. Et des hommes qui vivent avec les arbres. Il réfléchit sur cette relation particulière, qui a permis à nombre de civilisations de se bâtir. Les arbres et leurs plantations, les coupes, le stockage, l’usage… Lars Mytting n’oublie pas de recenser les différentes marques de tronçonneuses ou de haches et donne maints conseils pour choisir le bois en fonction de l’usage que l’on en fera ou… de son tempérament. Idem pour les poêles, les fours ou les chaudières. Rappelons que les poêles de faïence peuvent être de véritables œuvres d’art dans les pays nordiques. Quelles espèces d’arbres dégagent le plus de chaleur dans la cheminée, au bout de combien d’années les abattre, comment entreposer les bûches, combien de temps les laisser sécher, etc. Avec des anecdotes en veux-tu, en voilà, L’Homme et le bois est un ouvrage de référence très agréable à lire, traduit en 15 langues et vendu aujourd’hui à 500 000 exemplaires. Remarquons que Lars Mytting s’intéresse ici plus au bois de chauffage qu’au bois de construction, sujet si dense qu’il pourrait fournir matière à un autre ouvrage non moins passionnant.

 

* Lars Mytting, L’Homme et le bois (Hel ved, 2011), trad. Alex Fouillet, Gaïa, 2016

Une Écosophie pour la vie

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Pour qui s’intéresse à la pensée écologiste, Arne Næss (1912-2009) n’est pas du tout un inconnu. Certains lui ont reproché, il y a maintenant pas mal d’années, d’être le fondateur de la « deep ecology », autrement dit d’une « écologie profonde » qui exclurait les hommes de ses préoccupations. Ce qui n’est pas exact, puisque Arne Næss entend placer l’homme dans un grand tout, un monde holistique où tous les éléments vivants et non vivants sont liés et interdépendants. À la fois généreuse et pragmatique, sa vision de l’écologie s’appuie sur des faits et se heurte régulièrement à un environnementalisme marchand qui considère la nature seulement comme un cadre de vie à destination des humains – et uniquement de ceux-ci. Ce livre, Une Écosophie pour la vie, présente l’intérêt de nous relater la vie du philosophe Arne Næss (de ses premiers pas intellectuels dans la Vienne d’avant l’Anschluss, à son action dans la Résistance norvégienne, puis, universitaire, au développement de sa réflexion écologiste après la Deuxième Guerre mondiale) et de nous donner à lire plusieurs de ses textes fondamentaux. « …Les attitudes qui s’inspirent de l’écologie privilégient la diversité des modes de vie humains, des cultures, des activités, des économies. Elles prêtent main-forte aux combats livrés contre les formes d’invasion et de domination économiques et culturelles, aussi bien que militaires, et elles s’opposent à l’annihilation des phoques et des baleines, tout autant qu’à celle des peuples et des cultures primitives. » L’écosophie selon Næss prend en compte l’homme et la nature – non pas uniquement la nature, donc, et non pas uniquement l’homme, car les deux fonctionnent de concert et l’homme n’a d’avenir qu’en conservant ses liens intrinsèques avec la nature. Ses essais ne relèvent pas du point de vue scientifique, mais pas non plus de celui du poète, qu’il oppose. C’est une véritable philosophie de l’existence que Arne Næss défend. À l’heure où la nature acquiert des droits propres (en Nouvelle-Zélande, par exemple), il est utile de rappeler qu’elle appartient à tout le monde mais, surtout, qu’elle n’est propriété de personne, et que l’être humain peut trouver son bonheur au sommet des montagnes (Næss fut un alpiniste de renom) plutôt que dans les galeries des centres commerciaux. Un livre important, qui vient, assez tardivement, après deux autres titres de Næss déjà disponibles en français (Écologie, communauté et style de vie, Éditions MF, 2008, et Dehors, 2013 ; et Vers l’écologie profonde, Wildproject, 2009) dans une nouvelle collection du Seuil, « Anthropocène », consacrée aux questions écologiques.

 

* Arne Næss, Une Écosophie pour la vie (Textes traduits du norvégien par Naïd Mubalegh et de l’anglais par Pierre Madelin, sous la direction scientifique de et révisé par Hicham-Stéphane Afeissa et Mathilde Ramadier), Seuil, 2017