Théâtre

Play alter native, La Mort d’Orkhon, Le Meurtre honteux de la rue Skippergata

Unknown 166

Une petite maison d’édition bretonne, Les bras nus, vient d’avoir la bonne idée de publier trois pièces de théâtre de Finn Iunker : Play alter native, La Mort d’Orkhon, et Le Meurtre honteux de la rue Skippergata. Né en 1969, Finn Iunker est l’un des dramaturges norvégiens contemporains les plus joués dans son pays ; le succès le récompense également à l’étranger. Il traite de questions d’actualité quelque peu à la façon des contes. Ainsi, dans Play alter native, s’interroge-t-il (quelque part entre le Henrik Ibsen de L’Ennemi du peuple et le H. C. Andersen des Habits neufs de l’empereur) sur la question du pouvoir et, au-delà, de la légitimité et de la légalité. « Dans un royaume coulait une rivière qui fut un jour empoisonnée. Les habitants y burent et devinrent fous. Seul le roi continuait à boire sa propre source et restait normal. » La Mort d’Orkhon voit des personnages converser à Oulan Bator, en Mongolie, pays où abondent les touristes : « Et quand il y a quelque chose dont ils ont besoin, qui leur manque, ou qu’ils veulent, et qu’ils découvrent que ce quelque chose existe, ils sont prêts à payer pour. » Ces personnages vivent comme ils le peuvent, difficilement, jusqu’au jour où la roue tourne : « …On est plus des mendiants maintenant. On est des artistes. » Et les voilà qui tuent le père, autrement dit l’auteur, Finn Iunker lui-même ! Le Meurtre honteux de la rue Skippergata (ou de la Skippergata puisque « gata » signifie déjà « rue »), commence par une pénible scène de viol. Un voleur de vélo est arrête peu après. Il nie, un procès a lieu, il est condamné, incarcéré. La victime est vite oubliée. « Je ne suis personne. Je suis une demoiselle anodine du quartier portuaire d’Oslo. J’ai été tuée et jetée dans une cave en 1957. Les documents de l’affaire Torgersen pèsent des tonnes. Mon cœur ne pesait pas plus de 230 grammes. (…) La vie venait tout juste de commencer. » Finn Iunker se revendique de l’art brut. Ses textes s’inspirent de ce qu’il voit, de ce qui a lieu autour de lui. Leur pertinence n’est est que plus forte.

 

* Finn Iunker, 3 pièces brutes (Play alter native, La Mort d’Orkhon, Le Meurtre honteux de la rue Skippergata), Les bras nus, 2017

Samferdsel

Image html 1

Du Norvégien Finn Iunker (né en 1969), les éditions Les Bras nus avaient déjà proposé plusieurs pièces. Dans Samferdsel, elles lui donnent la parole pour une interview réalisée par Sven Åge Birkeland (né en 1960). Le théâtre de Iunker se veut en prise directe avec le monde contemporain, avec le réel. L’intrigue est tirée de faits d’actualité et le public visé n’est pas, ou pas uniquement, celui qui fréquente habituellement les lieux de spectacle. C’est donc un renouvellement total des pièces proposées, du choix des acteurs et du public accueilli que réclame Iunker : « Je voudrais (…) un théâtre ouvert à tous, jeunes et vieux, hommes et femmes, peau mate, peau blanche. Pourquoi on n’a pas de personnes en fauteuil roulant sur scène ? Pourquoi on n’a pas d’acteurs aveugles ? Pourquoi on n’a pas d’acteurs sourds ? Pourquoi faut-il toujours parler un norvégien parfait ? Pourquoi on ne peut pas avoir un théâtre qui serait un vrai reflet de la réalité et de la société dans laquelle nous vivons ? » Un petit ouvrage qui pose donc beaucoup de questions, certaines récurrentes depuis bien longtemps et d’autres plus ancrées dans notre époque, qui peut se lire en utile complément des pièces de Fin Iunker déjà publiées.

 

* Fin Iunker/Sven Åge Birkeland, Samferdsel (trad. Tone Røthe & Maruen Marin), Les Bras nus, 2017

 

La promesse

Unknown 242

Signée Joël Jouanneau, La Promesse est l’adaptation théâtrale du célèbre roman de Tarjei Vesaas Palais de glace (trad. Élisabeth Eydoux, Flammarion, 1963). Unn et Siss sont deux fillettes de onze ans. Unn habite chez sa tante et invite Siss dans sa chambre pour lui confier un secret. Le lendemain, elle disparaît. Armé de lanternes, le village entier se lance à sa recherche, jusqu’à parvenir à une cascade qui ressemble à un palais de glace, dans la rivière gelée. On ne la retrouve pas. Sept ans plus tard, Siss interroge la tante de Unn, dans l’espoir d’apprendre la vérité. Palais de glace est l’un des romans de Tarjei Vesaas les plus noirs. Sur la mort. Et les secrets. Un très beau roman, profond et subtil, comme Vesaas avait coutume d’en publier. S’emparer de ce roman pour le transcrire au théâtre pouvait relever de la gageure. Joël Jouanneau s’en tire cependant très bien et cette pièce brève, La Promesse, qui se termine sur un questionnement (et c’est tant mieux), permettra peut-être à de nouveaux lecteurs d’approcher l’œuvre du plus grand écrivain norvégien du XXe siècle – avant Sigrid Undset ou Knut Hamsun, selon nous.

 

* Joël Jouanneau, La Promesse (ill. Marion Kadi), Actes sud-Papiers (Heyoka jeunesse), 2017

Ultimatum/Pluie dans les cheveux

9782917504208 1 75

Présenté tête-bêche, ce livre contient deux pièces de théâtre conçues pour la radio par Tarjei Vesaas : Ultimatum et Pluie dans les cheveux. Ultimatum présente plusieurs personnages, tous jeunes et, sauf le prénommé Arnold, plutôt sceptiques devant la guerre en cours. Y participer ? Refuser ? Comme toujours chez Vesaas, les propos parviennent à être simultanément précis et évasifs. Avec Pluie dans les cheveux, ce sont les discussions et les émois de jeunes gens qu’il donne à entendre. Qui est allé danser ? Avec qui ? Que s’est-il passé ? (À propos de cette pièce, on peut penser, pour le thème et l’ambiance générale, à Elle n’a dansé qu’un seul été, du Suédois Per Olof Ekström.) « Ne prends pas les choses trop au sérieux, va. À ton âge, c’est comme de la pluie dans les cheveux. » Ces deux pièces radiophoniques, qui n’avaient jamais été publiées et encore moins traduites en français, sont intéressantes à replacer dans l’œuvre de l’auteur (Ultimatum a été écrite en 1932, Pluie dans les cheveux à la fin des années 1950, précise Olivier Gallon dans une postface) afin de mieux discerner ses sujets de prédilection (par exemple l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte, ou la guerre et le totalitarisme), traités dans ses romans (Le Germe, Les Oiseaux, L’Incendie, etc.).

 

* Tarjei Vesaas, Ultimatum/Pluie dans les cheveux (Ultimatum/Regn i hår), trad. du nynorsk Marina Heide, Guri Vesaas, Olivier Gallon, La Barque, 2016