A-B

Une Nuit, rien qu’une seule

41lja82g55l sx309 bo1 204 203 200

Ceux qui pensent que le concept de luttes des classes est dépassé liront utilement le roman de Simona Ahrnstedt (née en 1967), Une Nuit, rien qu’une seule. « Bad boy de la finance suédoise », David Hammar est beau et riche. Il vient évidemment d’un milieu modeste et son statut, il le doit à son travail et à la chance, un tout petit peu de « chance ». Il ne découvrira que plus tard qu’il est fils de comte. Natalia de la Grip est née, elle, avec une cuillère en argent et même en or dans la bouche : son père dirige Investum, maison financière incontournable sur la place de Stockholm. Ce n’est pas de sa faute, n’est-ce pas, et elle a d’ailleurs bien des qualités pour remédier à ce léger handicap (outre celui d’être « une femme ») : elle déborde d’intelligence et de sensibilité. Sa passion ? Elle collectionne les « sous-vêtements français » : « C’est très cher et complètement irrationnel. La plupart sont immettables. » Née « au sein de la fine fleur de l’aristocratie », elle aussi « a connu l’exclusion » et « ne maîtrise pas très bien le code vestimentaire ». Défense de rire. Que la grande richesse se porte mal de nos jours ! Ne faut-il pas sans arrêt lui trouver des circonstances atténuantes et montrer qu’il n’y a pas que les chérubins de banlieue (nord) à plaindre ? David entend lancer une OPA hostile sur l’entreprise familiale et, dans ce but, invite Natalia à déjeuner. Ils sont jeunes et tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. La suite, c’est une cabale amoureuse et financière bien contée avec, savamment réparties au fil du récit, quelques scènes où les personnages nous sont donnés à voir dans leur intimité sexuelle. Présenté comme une « romance » par l’éditeur, Une Nuit, rien qu’une nuit est aussi un roman de guerre – aristocrates contre « nouveaux riches » ou « parvenus », autrement dit et non sans grandiloquence « l’homme du peuple contre le roi de la finance suédoise » – qui renseignera utilement le lecteur sur les mœurs d’un monde qu’il ne côtoie peut-être pas. Ce roman est moins praline que la quatrième de couverture pouvait le laisser craindre.

 

* Simona Ahrnstedt, Une Nuit, rien qu’une seule (En enda natt, 2014), trad. Anna Postel, NIL, 2017

 

Les Corbeaux

Unknown 149

Klas, douze ans, observe le monde autour de lui. Les arbres, les oiseaux, le ciel, toute cette nature dont la Suède est riche – ici, dans le sud du pays. Agne, son père, un agriculteur qui se pensait en guerre, lui, contre la nature et la bombardait de tonnes de pesticides, perd aujourd’hui complètement la tête. Klas cherche à comprendre, sans relâche, à apprendre, tous azimuts. La bibliothèque du village ouvre deux heures par semaine et ne compte que deux visiteurs assidus : le vieux maître d’école de presque quatre-vingt-dix ans et lui. « À la maison, aussi loin que je me souvienne, personne n’a jamais ouvert de livre. À part la Bible. (…) Les gens n’ont pas tellement de temps libre non plus (…). Une semaine de travail de cent heures. Un dimanche de libre tous les cinq ans. » On peut songer, à la lecture de ce beau roman, à tel ou tel titre de Göran Tunström (Le Livre d’or des gens de Sunne, Les Saints géographes, par exemple), voire, pour la nostalgie sans apprêts qui s’en dégage, à Stig Dagerman (Ennui de noces) : ce ne sont pas des comparaisons anodines mais elles ne sont pas imméritées. Mais Tomas Bannerhed possède sa propre voix, forte et toujours empreinte de poésie. Né en 1966, un temps enseignant et éditeur d’un magazine, il trace dans Les Corbeaux le portrait d’un jeune garçon obligé de lutter contre son père et découvrant dans le même temps tout ce que la vie peut lui offrir. Ainsi, révèle-t-il à Veronika, une fillette de son âge venue de Stockholm et qui, un temps, habite près de chez lui, les secrets des oiseaux au-dessus des lacs, les soirs d’été : « Les bécassines des marais en quête de partenaire se jetaient du ciel la tête la première en braillant à qui mieux mieux, les grèbes huppés coassaient, les vanneaux couinaient et pleuraient, et quelque part, le râle d’eau martelait son rythme, son empiternel kupp, kupp, kupp, kupp. » Veronika déclare s’ennuyer à la campagne. Elle souhaite initier Klas aux plaisirs de l’amour mais il se sent si gauche qu’il s’esquive. Il est encore si jeune. La vie ne ressert jamais les plats, lui apprend malgré lui son père, qui finit par… « C’est ton père là-bas. Lui que tu as toujours cherché à éviter, (…) à la volonté duquel tu t’es toujours opposé. » Un très, très beau roman, avec une description de lieux, en Scanie, où la nature resplendit en toutes saisons, et une intrigue bouleversante qui fait que ce livre de près de cinq cents pages se lit d’une traite.

 

* Tomas Bannerhed, Les Corbeaux (Korparna, 2011), trad. Christofer Bjurström, Gallimard (Du monde entier), 2016

 

Entrain, humour, amour

Ester

Roman que l’on peut qualifier de psychologique, Ester ou la passion pure (Engenmäktigt förfarande, 2013 ; trad. Johanna Brock et Erwan Le Bihan, Autrement, 2014) de la Suédoise Lena Andersson. Une femme tombe amoureuse d’un homme, un artiste célèbre. Mais lui… ? Pourquoi ne répond-il à ses attentes ? Histoire apparemment banale mais menée avec entrain et humour, sans jamais tomber dans le cul-cul.

Le paradis chèrement gagné

Unknown 6

Elles se multiplient, les voix des « nouveaux Suédois », en littérature. Pensons bien sûr à Jonas Hassen Khemiri, d’origine tunisienne, à Aris Fioretos, d’origine grecque, ou, tout récemment, à Johannes Anyuru (né en 1979), de père ougandais et de mère suédoise. Du paradis souffle une tempête est un roman dont l’action se déroule essentiellement en Grèce et sur le continent africain. Johannes Anyuru retrace, par la voix d’un fils (lui-même, semble-t-il), la vie d’un homme qui avait pour objectif de voler en avion. L’arrivée au pouvoir d’Idi Amin Dada en Ouganda, à la suite d’un coup d’État, en 1971, mettra brutalement fin à ce rêve. L’homme, qui participait à un entraînement en Grèce, craint de rentrer dans son pays. Une longue errance va débuter pour lui, dans plusieurs pays de l’est africain, ponctuée d’interrogatoires musclés par les forces de police ou les militaires et de séjour dans des camps de réfugiés. « Qu’est-ce qui lui a pris de vouloir retourner en Afrique ? Comment a-t-il pu être aussi stupide ? Ses pensées stagnent, elles ne partent jamais. Ce sont les mêmes questions qui reviennent encore et encore, et ces questions sont exactement celles que les autrs réfugiés lui posent quand il raconte son périple. Pourquoi. Pourquoi. » Finalement, à Nairobi, il fera la connaissance d’une jeune Suédoise, avec laquelle il se mariera et tous deux s’établiront en Suède. Le récit n’est pourtant pas terminé car l’homme, toujours désigné par une seule lettre, P., ne trouvera jamais sa voie. Un roman qui aide à comprendre pourquoi des individus ont migré, hier, et pourquoi d’autres, aujourd’hui, continuent de migrer. Et pourquoi le racisme est vraiment une réaction stupide.

 

Du paradis souffle une tempête (En storm kom från paradiset, 2012), trad. Emmanuel Curtil, Actes sud, 2015

Où donc conduit la liberté ?

Unknown 67

Ce roman de Gunnar Ardelius, La Liberté nous a conduits ici, prend le Liberia pour cadre. C’est dans ce pays d’Afrique de l’ouest que, à la fin des années 1960, Hektor, Margret et leur fils Mårten, s’installent. Hektor est nommé directeur du personnel dans une compagnie d’exploitation minière. Les relations entre le mari et sa femme ne sont pas très bonnes ; leur fils, aux idées vaguement d’extrême gauche, s’acclimate, il devient l’ami d’un jeune Noir, leur boy, le Garçon-serpent. La famille est vite confrontée à l’attitude des autres Blancs vis-à-vis des Noirs : « Ils ne voient pas tout le bien qu’on fait, ici. Il y a quelques années, ils vivaient encore dans des huttes sans aucun confort. Maintenant ils ont tout. » Paternalisme et racisme font bon ménage, peu d’agressivité en émane, et chacun essaie de trouver sa place. Mais quand une grève éclate, les rapports se tendent. Gunnar Ardelius (né en 1981) expose ici le sentiment de malaise qui résulte, pour nombre de Suédois, de la neutralité de leur pays dans un monde où il est quasiment obligatoire de choisir son camp ; neutralité qui condamne chacun à la souffrance : « Il semble que nous n’ayons pas encore pu, nous les Suédois, nous mettre dans le crâne que nous sommes capables de mauvaises actions. Bien sûr, les gens sont prompts à reconnaître telle ou telle bêtise, mais l’intérêt pour la question s’éteint aussitôt, ça glisse comme sur les plumes d’un volatile. » Le jeune Mårten symbolise bien ce conflit, lui qui se dit du côté des opprimés, comme un certain Jan Myrdal, dont il se revendique (alors qu’il préfère, « en réalité », la littérature enfantine de Max Lundgren), et qui demeure pourtant et forcément un Blanc jouissant des privilèges de sa condition. Un Blanc qui ne peut empêcher la catastrophe de se produire et que la culpabilité n’affectera peut-être pas plus longtemps que nécessaire. Un autre regard, encore, que ceux de Henning Mankell (L’Œil du léopard, Un Paradis trompeur) ou de Karen Blixen (La Ferme africaine) sur l’Afrique. Non moins dérangeant.

 

* Gunnar Ardelius, La Liberté nous a conduits ici (Friheten förde oss hit, 2012), trad. Philippe Bouquet et Catherine Renaud, Actes sud, 2015

Contre l'intolérance et le manque d'humour

Ove

En dépit du titre (français) qui ressemble à pas mal d’autres titres de livres publiés ces temps-ci (mais le titre suédois est heureusement plus sobre), Vieux, râleur et suicidaire, la vie selon Ove (En man som heter Ove, 2012 ; trad. Laurence Mennerich, Presses de la Cité, 2014) du Suédois Fredrick Backman est un roman à lire de toute urgence en ce triste début d’année. Intolérance et manque d’humour chronique ? Ove a, effectivement et un peu malgré lui, son mot à dire !

Le bonjour de Fredrik Backman

Unknown 40

« …C’est peine perdue que d’essayer d’expliquer à un gros futé que si les pattes de lapin portaient vraiment bonheur, elles seraient toujours accrochées au lapin. » Après Vieux, râleur et suicidaire, la vie selon Ove, Fredrik Backman nous propose Ma Grand-mère vous passe le bonjour (Min mormor hälsar och säger förlåt, 2013 ; trad. Laurence Mennerich, Presses de la Cité, 2015). Une histoire entre une fillette « pas comme les autres » et sa grand-mère un rien « timbrée », qui n’est pas sans évoquer à la fois l’humour farfelu mais aussi le fantastique à la Astrid Lindgren. Belle référence, s’il en est.

Hôtel Angleterre

Unknown 152

« L’année 1940 vient de commencer, cela fait un peu plus d’un mois que les Russes ont envahi la Finlande. Il faut des hommes pour protéger la frontière afin que les Russes ne se retrouvent pas malencontreusement en territoire suédois (…). Les autorités craignent que les rouges, sur leur lancée, aient l’idée de nous envahir. » Tout juste marié, contremaître dans une sucrerie, Georg Lindkvist est appelé sous les drapeaux alors qu’il avait été exempté de service militaire par un Premier ministre, Per Albin Hansson, convaincu que la Suède n’avait plus besoin d’une armée puissante. Considérant d’abord ses camarades avec une certaine condescendance, il souffre pourtant comme eux des conditions de vie et subi lui aussi les atrocités que les autorités militaires, en partie gangrénées par le nazisme, commettent à l’encontre des soldats – pour les former, pour l’exemple. La Suède est neutre dans le conflit qui démarre mais ne sera peut-être pas épargnée. Les Allemands peuvent l’envahir pour s’emparer de ses matières premières ; tandis que les Anglais peuvent vouloir s’y opposer et donc, s’installer sur son territoire préventivement. Georg est interné après un mouvement de rébellion consécutif à la mort de plusieurs soldats, à cause d’un gradé incompétent. Il prend conscience d’une réalité qu’il ne voyait pas. « …Il me semble que ce Georg-là n’a plus rien à voir avec celui que j’ai connu », se désole Kerstin, sa femme, à la lecture des lettres qu’il lui envoie. Elle aussi change, pendant ce temps. Une jeune femme vient habiter près de chez elle ; Viola et Kerstin sympathisent, puis en secret nouent une liaison. « D’un côté, Viola, jeune femme de la haute bourgeoisie au luxueux appartement et, de l’autre, Kerstin, ouvrière triste et délaissée. » Leurs rendez-vous à l’Hôtel Angleterre, à Malmö, se multiplient. Viola travaille pour l’armée, mais elle est peut-être aussi une espionne et Kerstin ne supporte pas qu’elle lui cache des choses. La jalousie la consume, Kerstin dénonce Viola, qui, recherchée par la police, disparaît de la circulation. « …Tu n’as jamais aimé quelqu’un d’autre que toi », lancera-t-elle à son frère, malade, un peu plus tard, comme si elle se parlait à elle-même. Georg revient, quatre ans après son départ, il reprend la vie avec Kerstin, qui garde ses secrets tant que faire se peut. Ils ne sont pourtant plus les mêmes, dans cette Suède qui ne cesse de louvoyer entre l’Allemagne et les Alliés. « …Les journaux de gauche s’étaient vus interdits de publication, au contraire des journaux fascistes. » La fin de la guerre s’annonce, quel monde va en résulter ? Sur six cents pages, Hôtel Angleterre (« roman librement inspiré de faits réels », précise l’auteure à la fin de l’ouvrage) est une sorte de Martin Eden à la suédoise : pour cette confrontation de classes sociales éloignées, avec des liaisons équivoques, permises ou non, pour corser des relations humaines peu évidentes ; pensons aussi à la grande fresque de Jan Guillou, Le Siècle des aventuriers. Hôtel Angleterre peut également être lu comme une allégorie de la position de la Suède durant la Deuxième Guerre mondiale, avec ses renoncements et leurs lourdes conséquences. Avec ses différents plans, dont celui du tableau historique, autrement dit le déploiement savant de l’action, la multiplicité des personnages, la profondeur de leurs sentiments, la pertinence de leurs paroles, leurs mensonges, leurs lâchetés, leurs trahisons, leur incompréhension les uns envers les autres, leur malaise constant et, néanmoins, leurs actes de bravoure…, ce roman, Hôtel Angleterre, est assurément l’un des plus intéressants, des plus forts de ces derniers temps. Marie Bennett (née en 1969) signe, avec ce livre présenté comme son premier roman, une œuvre destinée à s’inscrire dans la littérature suédoise.

 

* Marie Bennett, Hôtel Angleterre (Hotell Angleterre, 2015), trad. Maja Thrane & Thibaud Defever, Denoël, 2016

L’Inde, « le pays des contrastes »

51t5a5pjehl sx293 bo1 204 203 200

La cinquantaine, Göran Borg travaille dans une agence de publicité, à Malmö. Mais ce « kommunikatör » est aujourd’hui dépassé – et par son travail et par la vie en elle-même – et il est contraint de démissionner. L’occasion, lui propose son vieil ami Erik, de participer à un voyage organisé, qu’il lui offre. Une semaine, tout frais payés, à découvrir l’« Inde incroyable ». Passionné de foot (les retransmissions, comme la plupart des supporters, pas le jeu sur le terrain), Göran Borg compte le temps par rapport à la date de son divorce et ne se remet toujours pas d’avoir perdu sa queue de cheval chez le coiffeur quelques années plus tôt. C’est dire si ce voyage dans un pays riche en odeurs et en couleurs chamboule son traintrain. Tout l’étonne, à commencer par son pouvoir d’achat, disproportionné. La chaleur est suffocante, la misère ostensible partout. Mais peu à peu, l’amour aidant (envers la femme qui le pare des « plus belles mains de Dehli »), Göran Borg va sortir de sa coquille et se laisser gagner par ce sous-continent si déconcertant. « …Il faut toujours écouter son dieu intérieur », apprend-il ainsi de son ami Yogi, qui lui démontre qu’ici plus qu’ailleurs, « on a tous besoin les uns des autres ». Un roman intelligent qui permet de découvrir l’Inde au quotidien, un roman qui montre que des cultures très différentes peuvent se rencontrer autrement que dans la violence.

Né en 1960, journaliste (à Sydsvenskan) et écrivain (auteur de quatre romans policiers prenant Malmö pour cadre et le racisme et l’intégration pour thèmes), Mikael Bergstrand a travaillé quatre ans à New Delhi. Les Plus belles mains de Delhi est suivi par Dans la brume du Darjeeling. Göran Borg est revenu à Malmö, où, toujours dans le domaine de la publicité, on lui a proposé un poste plus à la mesure de ses ambitions nouvelles. Mais le mal de son pays d’adoption ne cesse de le tracasser et lorsque son ami Yogi (qui n’est pas sans évoquer le Karlsson-sur-le-toit d’Astrid Lindgren !) lui annonce son prochain mariage, il retourne en Inde, fuyant par la même occasion les supposées avances d’un ami peut-être homosexuel – « j’étais trop lâche », se repentira-t-il plus tard, pour avoir une attitude normale. Yogi est toujours le même, aussi réservé que bavard, comparant tout et n’importe quoi, usant de métaphores osées : « …Je me sens aussi confus que la mouche qui, croyant voler vers le soleil, se heurte perpétuellement à la vitre de la fenêtre. ». « Je me sentais littéralement assommé par les boursouflures langagières de mon ami », se désole quant à lui Göran, appréciant pourtant cette versatilité. Hélas, rien ne se passe comme prévu et le cinquantenaire à demi-chauve et ventripotent, comme il se définit lui-même, en vient à sauver Yogi des pires problèmes. Mais heureusement ce dernier retourne en sa faveur l’escroquerie dont il avait été victime et finit par se marier. Les Plus belles mains de Delhi et Dans la brume du Darjeeling constituent un diptyque drôle et intelligent, dont nous ne pouvons que recommander la lecture.

 

* Mikael Bergstrand, Les Plus belles mains de Dehli (Delhis vackraste händer, 2011), trad. Emmanuel Curtil, Gaïa, 2014 ; Dans la brume du Darjeeling (Dimma över Darjeeling, 2013), trad. Emmanuel Curtil, Gaïa, 2015

Le Gourou de la Baltique

Unknown 123

Après Les Plus belles mains de Delhi et Dans la brume du Darjeeling, Mikael Bergstrand nous propose, avec Le Gourou de la Baltique, de poursuivre le voyage alternativement en Inde et en Suède. Des deux, quel est le pays le plus exotique ? peut-on s’interroger. Ce troisième volume commence par le mariage de Yogi avec Lakshmi, autrement dit un Indien du Nord avec une Tamoule. N’osant plus espérer dénicher un emploi dans le journalisme d’un jour à l’autre, Göran a répondu à l’invitation de son ami et Yori l’emmène dans son voyage de noce. Puis c’est Yogi qui se rend en Österlen, pour tenter d’enseigner à son ami les techniques de ventes, en Suède, de vêtements fabriqués en Inde. La présence en Scanie d’un Indien volubile, philosophe et volontiers plaisantin ne passe pas inaperçue ; ses ressources intellectuelles et verbales lui permettent de trouver place dans n’importe quel milieu et on le considère vite comme un « gourou ». « Capitalisme sauvage, corruption, népotisme, discrimination, dégradation de l’environnement et oppression des femmes. Mais aussi protection, curiosité, richesse culturelle, joie et initiative entrepreneuriale florissante. Je ne comprendrais jamais tout à fait ce pays à la fois magnifique et laid, que j’aimais et haïssais à la fois. J’y avais été témoin des pires injustices que l’on pouvait imaginer, mais j’y avais aussi rencontré les plus belles personnes de toute ma vie. » Comme dans les deux précédents romans, le ton est enjoué, rapide, fin. Nous avions été agréablement surpris avec Les Plus belles mains de Delhi ; Dans la brume du Darjeeling avait confirmé cette impression ; Le Gourou de la Baltique ne nous déçoit pas, bien que le récit s’étire un peu en longueur et, dans ses dernières pages, prenne des voies convenues – tout est bien qui finit bien. Recommandons chaudement cette trilogie. Pour résumer, nous dirions que l’on y trouve tant de l’action que de la réflexion, de l’amitié que de l’amour (« entre l’amour et l’amitié/il n’y a qu’un lit de différence », chantait naguère Henri Tachan, et Mikael Bergstrand ne le dément pas). Ce qui ne gâche rien, l’humour, dans tous les registres, est présent à chaque page et atteste combien la notion de tolérance ne saurait s’en passer. Mikael Bergstrand est aussi l’auteur de romans policiers : souhaitons les voir publiés en français au plus tôt.

 

* Mikael Bergstrand, Le Gourou de la Baltique (Gurun i Pomonadalen, 2015), trad. Emmanuel Curtil, Gaïa, 2016