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Femmes et pommiers

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Auteure reconnue en Suède, Moa Martinson (Helga Maria Swartz, 1890-1964) n’avait jamais été traduite en France. C’est enfin chose faite avec la publication de son premier roman, Femmes et pommiers, un fort volume dans lequel celle qui fut l’épouse de Harry Martinson (Prix Nobel de littérature en 1974, avec Eyvind Jonhson) nous présente trois générations de femmes travailleuses dans la ville de Norrköping au début du XXe siècle. Pas d’angélisme ni de misérabilisme ici, ce roman largement autobiographique se veut très réaliste et porteur d’espoir. Moa Martinson a signé une œuvre riche s’inscrivant pleinement dans la littérature prolétarienne, courant qui a rencontré un vif succès en Suède (avec des auteurs comme Vilhelm Moberg, Ivar Lo-Johansson, Folke Fridell, etc.). Engagée politiquement bien à gauche, Moa Martinsson aurait assurément encore son mot à dire aujourd’hui, tant subsiste la misère sous toutes ses formes.

 

  • Moa Martinson, Femmes et pommiers (Kvinnor och äppelträd, 1933), trad. Lise Froger-Olsson, L’Élan/Ginkgo, 2017

 

À tout moment la vie

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Bilan de maternité : « Femme enceinte, l’enfant va bien selon le compte rendu, trente-troisième semaine… » Mais soudain, la santé de Karin s’aggrave, elle est hospitalisée, une leucémie myéloïde aiguë. Le narrateur, Tom, son compagnon, est désemparé. Il essaie d’être auprès d’elle autant que possible, puis l’enfant naît, une fille, Livia. Karin meurt brusquement et Tom se retrouve avec Livia. Il lui faut reprendre le dessus, la vie continue, Livia lui interdit de perdre pied même si, se rend-il compte avec effroi, « mon regard était complètement vide, comme si tout ce que j’avais jamais vu avait coulé de mes yeux ». Tout au long de ce récit, Tom, se débat avec la souffrance causée par la disparition de sa femme, puis, un peu plus tard, celle de son père. Poète (deux recueils publiés en Suède) et musicien, Tom Malmquist (né en 1978) livre, avec À tout moment la vie, un texte fort, inspiré de sa propre vie. Trop, peut-être, car au fil de la lecture le récit prend des allures de journal intime. La mort d’un proche est un sujet très sensible : dès lors, comment émettre une critique sans passer pour un sans-cœur ? Mais est-il vraiment utile, pour le lecteur, de découvrir la vie quotidienne, jusque dans les moindres détails (« …Mon caleçon et mouillé d’urine... (…Je) me remplis un verre Duralex d’eau »), que menaient Karin et Tom, ou, ensuite Tom et Livia ? La douleur et le chagrin ne se partagent pas, peut se dire ce lecteur. Lequel ne se retrouve-t-il pas, ici et quelque peu contre son gré, en position de voyeur ?

 

* Tom Malmquist, À tout moment la vie (I varje ögonblick är vi fortfarande vid liv, 2015), trad. Hélène Hervieu, Noir sur blanc (Notabilia), 2016

Les Bottes suédoises

Mankell

Les Bottes suédoises peut se lire à la suite ou indépendamment du (très bon) roman Les Chaussures italiennes (paru en Suède en 2006 et en France en 2009). Médecin à la retraite, Fredrik Welin vit seul sur une petite île du Golfe de Finlande, au large de Västervik. Une nuit, il est réveillé par l’incendie de sa maison. Il s’en échappe mais en quelques minutes son existence chavire. « …J’ai compris que j’avais réellement tout perdu. De mes soixante-dix ans de vie, il ne me restait rien. Je n’avais plus rien. » Comment l’incendie a-t-il éclaté ? Personne, à sa connaissance, ne lui en veut. Serait-il pyromane ? Il en vient à douter de lui-même. « J’ai pris peur. J’ai du mal à imaginer un destin plus effrayant que celui-là : être en bonne santé en apparence, et que ma fille, ou quelqu’un d’autre, m’annonce soudain que je perds la mémoire et que mon cerveau ne fonctionne plus comme il le devrait. » Sa fille débarque. Il n’a fait sa connaissance que fort tard, elle avait trente-sept ans – il faut se replonger dans Les Chaussures italiennes pour se remémorer exactement cet épisode de la vie de Fredrik Welin, personnage pas antipathique mais pas des plus sympathiques non plus, souvent en proie à de brusques accès d’humeur. Il y a aussi Lisa Modin, cette journaliste de la presse locale, qui vient l’interviewer et dont il tombe amoureux, sans réciprocité. Ces vies, donc. Et en toile de fond la vie – la maturité, la vieillesse et l’enfance, comme un retour à ce qui a été et à ce qui sera. Sans omettre la Suède et son devenir, avec la découverte que l’incendiaire pourrait être non pas un étranger, un « migrant », mais l’un des membres de la communauté des insulaires : « …À qui donc pourrait-on accorder sa confiance désormais ? » (Cette question ne fait-elle pas écho à celles qui surgissaient dans Meurtriers sans visage ?) L’incendie de cette maison, c’est la fin d’une vie, la fin d’une époque. Ce qui ne signifie pas que tout disparaît mais le monde dorénavant sera autre. Avec ces interrogations existentielles : que sait-on de soi ? que sait-on des autres ? Henning Mankell nous livre là, pour son ultime ouvrage, une œuvre à son apogée. Ce n’est pas un roman policier mais pourtant une intrigue puissante et présente de la première à la dernière page incite le lecteur à ne pas relâcher le livre, accompagnant Fredrik Welin jusqu’à la conclusion. « La mort des autres m’est aussi incompréhensible que celle qui m’emportera, moi aussi, le moment venu », fait encore penser Henning Mankell à son personnage, comme si l’écrivain réfléchissait tout haut. Remarquable adieu, que ce livre, donc.

 

* Henning Mankell, Les Bottes suédoises (Svenska gummistövlar, 2015), trad. Anna Gibson, Seuil, 2016

+ « …Je pense parfois que le temps et le lieu où j’ai vécu forment une parenthèse exceptionnelle dans l’histoire. » (Henning Mankell, Les Bottes suédoises)

 

L'un des premiers romans de Henning Mankell

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Il y a les Maigret de Simenon et il y a ses « romans durs ». Il est permis de préférer les seconds. Il y a, de Mankell, les Wallander, et il y a ses autres romans. Il est, là aussi, permis de préférer ses autres romans, notamment ceux pour adultes, qu’ils prennent ou la Suède (Les Chaussures italiennes, Profondeurs) ou l’Afrique pour cadre (L’Œil du léopard, Un Paradis trompeur).

Publié en Suède sous ce même titre en 1982, Daisy Sisters (trad. Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy, Seuil, 2015) est l'un des premiers romans du prolifique Henning Mankell. On ne peut que regretter qu’il soit publié seulement aujourd’hui, bien qu’il soit vrai que les traductions de Mankell en français s’échelonnent, tous registres confondus, au rythme d’au moins deux titres par an et qu’il risquerait d’y avoir saturation.

Daisy Sisters emmène le lecteur en Suède, en 1941. Deux jeunes correspondantes se rencontrent enfin. C’est l’été, le pays est neutre mais la guerre résonne aux frontières. Elles sont insouciantes, elles ont dix-sept ans et rêvent des joies que la vie leur apportera. Hélas, Elna se fait violer par un soldat, tente d’avorter, échoue. Une fille naîtra, Eivor, que le lecteur suit jusqu’en 1981. Quarante années qui ont vu la Suède évoluer profondément, Comme à son habitude, Mankell sait captiver le lecteur à partir de petits riens, il sait tracer le portrait de personnages que l’on n’oubliera plus : ici, Anders, par exemple, ce clown raté qui décide de se suicider au vin et à l’aquavit ; ou Vivi, bien sûr, l’amie d’Elna, dont le père était communiste ; ou cette petite frappe de Lasse Nyman ; ou Rune, le grand-père sévère et plus humain que beaucoup (« Il faut être courageux. Dans la vie, la seule chose dont on peut être fier c’est d’avoir été courageux… ») ; ou tel ou tel autre personnage… Les femmes prédominent. Ce sont en grande partie des femmes, en effet, que Henning Mankell observent dans ce roman dense, toutes celles qui, parce que femmes, justement, et qui plus est femmes des classes populaires, voient leur vie leur échapper du premier au dernier jour. Elles ne comprennent pas ce qu’il leur arrive, elles ne savent pas ce que sont les règles ni les enjeux dans une société où le pouvoir est détenu par les hommes, comme Liisa le dira à plusieurs reprises à son amie Eivor. Femmes désirables aux yeux des hommes, tout d’abord, qui les engrossent, c’est le terme à employer, femmes qui deviennent mère, qui font des ménages, qui travaillent en usine, parce qu’elles sont faites pour travailler en usine, dixit de nouveau Liisa, qui jonglent avec un emploi du temps pas extensible, qui essaient de satisfaire les besoin de tous ceux qui les entourent, besoins qui ne sont pas pour autant les leurs… Femmes que l’angoisse n’abandonne jamais… Bien entendu et heureusement, durant cette quarantaine d’années les lois changent en Suède, le statut de la femme devient l’égal de celui de l’homme. Mais les femmes issues des couches pauvres de la population ne sont qu’indirectement concernées, les victoires féminines ne modifient pas immédiatement leur vie, elles touchent d’abord les femmes des milieux aisés ou relativement aisés. Pour un roman de débutant, Daisy Sisters est un coup de maître. Mankell réactualise la littérature prolétarienne, comme on le sait si efficiente en Suède. Il entraîne le lecteur dans une saga passionnante, une page d’Histoire récente au travers de personnages qui ne sont pas des héros, des gens vraiment comme vous et moi, et c’est pourquoi les aléas de leur vie nous émeuvent autant. Si nous ne le connaissions pas, nous affirmerions que voilà un écrivain avec lequel il faudra compter… !

Changement d’époque

« Même un vieux social-démocrate comme moi qui a connu l’époque où les poux manifestaient parce que les gens étaient trop maigres doit comprendre que les temps changent (…). Pour votre génération, ce sont les voitures et le rock qui comptent. Aujourd’hui les gens se permettent de refuser un boulot parce qu’il ne leur convient pas. » (Henning Mankell, Daisy Sisters)

Écrire

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Au tournant de l’hiver 2013/2014, Henning Mankell découvre qu’il est atteint d’un cancer extrêmement grave. Plus qu’un retour sur sa vie, le livre qu’il compose alors, Sable mouvant, est un regard sur l’avenir. Ainsi, s’interrogeant, par exemple, sur la responsabilité de notre génération d’enfouir dans le sous-sol (notamment en Suède et en Finlande) des déchets nucléaires qui demeureront dangereux 100 000 ans (portons-nous donc 100 000 ans en arrière, suggère-t-il !), il ne cherche pas à discerner un sens à la vie, n’en appelle pas à un dieu quelconque, mais observe au contraire la vacuité de toute vie intelligente. Ce qui n’empêche pas l’être humain de faire de sa propre vie quelque chose d’unique, écrit-il, en se donnant les moyens de choisir, à condition de ne pas craindre de profonds changements dans cette vie. C’est un écrivain différent de celui que le lecteur avait rencontré dans Mankell (par) Mankell, cette longue série d’interviews de Kirsten Jacobsen, qui apparaît ici. Les choses du présent, ces choses comme la politique ou les changements sociaux qui le travaillent tellement, l’écrivain les délaissent quelque peu pour déployer une vision privilégiant l’Histoire – l’Histoire sur le long terme. Ainsi réfléchit-il à l’apparition de l’homme sur Terre et à sa probable future disparition, aux âges glaciaires, ceux d’hier et ceux à venir, aux premiers témoignages de l’art, etc. Il nous entraîne également dans ses « voyages sans but » (pour reprendre un titre de Harry Martinson) de jeunesse et d’après, dans des villes d’Europe ou d’Afrique. Et même si « tant de questions reçoivent si peu de réponses », partout, on peut apprendre, partout on peut profiter des expériences d’autrui ou se forger les siennes et se sentir plus fort. Et l’écriture d’un roman consiste à tresser ces multiples fils. Avec, toujours, ces grandes et indispensables questions sur lesquelles repose son œuvre : « Est-ce un rêve outrancier que d’imaginer une civilisation à l’échelle mondiale qui ne soit pas fondée sur l’oppression ? Outrancier ou non, c’est un rêve nécessaire. » Homme parmi les hommes, homme qui se veut libre parmi d’autres qui parfois tentent de l’être sans y parvenir... Espérons que la voix de Mankell ne s’éteigne pas de sitôt.

 

* Sable mouvant (Kvicksand, 2014), trad. Anna Gibson, Seuil, 2015

* Kirsten Jacobsen (Mankell (om) Mankell, 2011), trad. du danois et du suédois par Anna Gibson, Seuil, 2011

Les livres

« Quand j’ai réussi (…) à me hisser hors du sable mouvant et à commencer la résistance, mon principal outil a été tout trouvé : les livres. Dans les moments difficiles, prendre un livre et m’y perdre, disparaître dans le texte, a toujours été ma façon à moi d’obtenir soulagement, consolation ou, du moins, un peu de répit. Quand une histoire d’amour se terminait, je prenais un livre. Après un échec au théâtre, ou un texte impossible à finir, j’ai toujours pu compter sur eux. Ils sont pour moi un réconfort et aussi un instrument qui me permet de diriger mes pensées dans une autre direction et de rassembler mes forces. » (Henning Mankell, Sable mouvant)

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie

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Il y a du Selma Lagerlöf dans ce roman de Katarina Mazetti, Le Viking qui voulait épouser la fille de soie : pensons à Gösta Berling, par exemple. L’auteure du très bon Le Mec de la tombe d’à côté nous livre ici une saga érudite et drôle, riche de détails, qui deviendra peut-être un classique de la littérature suédoise. L’action se passe dans la seconde partie du Xe siècle, en Europe centrale, notamment à Kiev, et dans le sud-est de la Suède, quelque part dans la région du Blekinge. Les Vikings sont encore forts et prospères mais, au quotidien, les habitants du Blekinge ont à lutter contre beaucoup de fléaux : notamment les gens de Bornholm ou de plus loin qui arrivent par la mer et qui pillent et détruisent les villages, ou ceux, sur place, qui entendent faire régner leur loi. Des questions se posent, déjà, sur les droits des uns et des autres, des femmes et des esclaves, de tous ceux qui habitent dans ce pays. « …Un roi, qu’est-ce réellement ? Quelqu’un qui exige de toi de l’or et de l’argent et en contrepartie promet de te défendre contre des ennemis ? Des ennemis, qui le sont peut-être devenus parce qu’il a essayé de soumettre leur pays ? À quoi nous servirait un tel roi ? » Une fois de plus, Katarina Mazetti nous livre un petit roman enthousiasmant, susceptible d’éveiller de nombreuses réflexions.

 

* Katarina Mazetti, Le Viking qui voulait épouser la fille de soie (Blandat blod, 2008), trad. Lena Grumbach, Gaïa, 2014

Petites histoires pour futurs et ex-divorcés

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Présenter la littérature des Pays nordiques comme triste ou morbide, comme cela se fait fréquemment, n’est vraiment pas de mise. Pour preuve, par exemple, ce recueil de nouvelles de Katarina Mazetti, Petites histoires pour futurs et ex-divorcés (joliment et discrètement illustré par Anne-Valérie Guerber). Contant diverses histoires propres aux couples les mieux unis au moment précis où ils se séparent, elle nous montre, finalement, que l’être humain n’est pas forcément destiné à vivre avec un conjoint ou une conjointe. Comme dans ses autres livres, ses récits semblent puisés dans la vie de tous les jours, celle que nous connaissons tous, au point que, parfois, il serait peut-être judicieux d’en oublier des passages. « À partir de là, j’ai eu des trous de mémoire », confesse ainsi la narratrice de la nouvelle intitulée « Au diable Downton Abbey ! », au cours d’un mémorable réveillon de Noël. Dans l’histoire suivante, « Libre de toute dette », une femme est au centre d’une escroquerie, contre sa personne mais avec son consentement. Puis c’est un homme, dans « Les retrouvailles », qui assiste, quelque peu médusé, aux « retrouvailles » de son premier amour avec son meilleur ami à lui, alors qu’il pensait que la soirée lui serait réservée Et ainsi de suite. Avec autant d’humour que de talent, Katarina Mazetti nous expose dans ce livre les aléas de la vie amoureuse sous toutes ses formes : la rencontre, la lassitude, la rupture… et les quiproquos, les engueulades, la jalousie, le ressentiment, voire l’agressivité (« Vagina dentata »)… Ou encore l’« éternel recommencement ». Bref, ces moments forts qui, tôt ou tard mais à coup sûr, rythment gravement ou joyeusement la vie sentimentale de tout un chacun. « La fenêtre la plus noire est celle qui un jour fut éclairée. »

 

* Katarina Mazetti, Petites histoires pour futurs et ex-divorcés (Berättelser för till-och frånskilda, 2013), trad. Lena Grumbach, Gaïa, 2017

La source

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« Je suis l’eau, je suis l’origine. Je fus avant les chênes, l’herbe et les fleurs. Je fus avant les bêtes qui mangent l’herbe. Je fus avant l’aile qui plane et le pied qui court. Je fus avant les bourdons, les abeilles et les oiseaux.

Je fus avant les joies et les peines, les pleurs et les rires. Je fus avant le chant, le jeu et la danse. Je fus avant que ne viennent sur terre la souffrance, l’angoisse et la peur. Je fus avant que ne survienne la race des hommes.

Mes veines coulent dans les sombres entrailles de la terre, mes veines que personne ne connaît. Mais je jaillis ici au pied de la colline et les cimes des chênes se mirent dans mon eau. Je vois la marche des générations à travers le monde.

Je suis la source, je suis l’origine. » (Vilhelm Moberg)

 

Prélude à Les Fiancés de la Saint-Jean (Brudarnas källa, 1946), trad. Georges Ueberschlag, Presses universitaires de Lille, 1989

L’un des plus beaux romans de Vilhelm Moberg

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La Femme d’un seul homme est un roman qui s’inscrit dans le temps et dans un lieu précis et pourtant c’est un roman presque intemporel. Il se passe dans le sud de la Suède et pourrait pourtant se passer ailleurs. C’est une femme qui aime un homme et cet homme n’est pas son mari. Celui-ci ferme les yeux : peut-être ne comprend-il pas ce que souhaite sa femme, ce qu’elle ne souhaite pas, ce qu’elle est en train de vivre ; la communauté villageoise devine, en revanche. Märit, la femme hésite, rebrousse chemin, puis saute le pas. C’est un roman qui nous montre une Suède encore très rurale et très imprégnée de luthéranisme, un pays dans lequel l’émancipation des femmes ne se discutait pas encore. L’un des plus beaux romans de Vilhelm Moberg, à notre avis, par ailleurs l’auteur de la magistrale Saga des émigrants.

 

* La Femme d’un seul homme (Mans kvinna, 1933), trad. Marguerite Gay, L’Élan, 2012

* La Saga des émigrants (Utvandrarna och Nybyggarna, 1949-1959), trad. Philippe Bouquet, Gaïa (1999-2000 et réédition en 2 volumes en 2013 et Le Livre de poche)