Cinéma

Scènes de la vie familiale

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« Comment Bergman met en scène la famille ? De quelle manière est traitée la relation parent-enfant » s’interroge Raphaël Yung Mariano dans l’essai qu’il consacre au cinéaste suédois Ingmar Bergman (1918-2007) : Scènes de la vie familiale. Son approche des films de Bergman, tous « fondé(s) sur la parole », se veut plus psychanalytique qu’esthétique, choix discutable mais l’auteur possède des arguments. Des Fraises sauvages à Fanny et Alexandre, du Septième sceau à Sarabande, il y a effectivement de quoi réfléchir sur le sens que le plus célèbre des réalisateurs suédois a voulu donner à son œuvre. Les liens familiaux, qui en forment l’ossature, ne sont jamais simples. En comprendre la logique peut permettre de mieux saisir leur complexité. « Les scènes de conflit chez Bergman prennent souvent la forme d’un ping-pong verbal où, peu à peu, il y a une libération des non-dits », observe Raphaël Yung Mariano, focalisant son étude sur trois longs métrages : Sonate d’automne (1978), Fanny et Alexandre (1982) et Sarabande (2003). « Bergman a filmé toute sa vie les échecs et les difficultés des rapports humains », souligne-t-il encore. De ce point de vue, le cinéma de Bergman s’inscrit dès sa création, non par sa forme mais par ses thèmes, dans un classicisme garant de son succès.

 

* Raphaël Yung Mariano, Scènes de la vie familiale/Ingmar Bergman (préf. Murielle Gagnebin), L’Harmattan (Eidos/Retina), 2017

Dans la forêt

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Ce n’est pas à proprement parler un film suédois mais le Français Gilles Marchand a choisi presque d’un bout à l’autre un décor suédois pour son film, Dans la forêt. Deux enfants, d’environ neuf et douze ans, rejoignent leur père en Suède, où il vit maintenant, pour les vacances d’été. L’ambiance est très tendue. Ils auraient préféré rester à Paris avec leur mère, alors que lui entend les initier à la vie dans la nature. Les images sont belles ; parsemée de lacs et de montagnes, la forêt suédoise est envoûtante. La tension entre les personnages monte progressivement. Le plus jeune enfant croit voir le diable. Son père l’encourage à user de la télépathie pour communiquer avec son aîné. Ce dernier veut rentrer chez sa mère et tient tête à son père, de plus en plus décontenancé. Un film qui n’est pas sans intérêt, notamment pour son décor (et puis pour ce statut bien délicat de père durant la moitié des vacances scolaires…), mais qui aurait pu se passer ailleurs, dans une nature plus ou moins grandiose. On ne voit pas trop non plus ce que le réalisateur entend ici signifier : une mise en perspective de la difficile vie des pères qui n’ont qu’un droit de garde limité avec leurs enfants ? un hymne à la nature boréale ? une histoire ancrée dans le paranormal ? Tout cela, ensemble, ne s’imbrique qu’assez laborieusement.

 

* Gilles Marchand, Dans la forêt, Pyramide vidéo, 2017

Le Lendemain

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John, adolescent qui vient de purger une peine de prison, est de retour chez son père, agriculteur dans une petite commune de Suède. Renfermé, il essaie de reprendre pied, de continuer les cours. Mais on ne l’accepte pas. On ne sait d’abord pas de quel crime il s’est rendu coupable. Ses camarades ont peur de lui, certains le frappent ou tentent de l’humilier. Le Lendemain, du réalisateur Magnus von Horst, est un film qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. La culpabilité, l’innocence, le bien et le mal : autant de valeurs interrogées ici. Filmé tout en nuances, tant dans l’esthétique que dans sa problématique, Le Lendemain est aussi servi par des acteurs qui n’en font jamais trop. Tout sonne juste et qu’importe si la fin est un peu abrupte.

 

* Magnus von Horn, Le Lendemain, Blaq out (2015)

L’Homme de Majorque

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Adapté d’un roman (La Fête du cochon) de Leif G. W. Persson (ancien policier reconverti dans la littérature), L’Homme de Majorque est un film signé Bo Widerberg (1930-1997). Appelés dans le bureau de poste principal de Stockholm après son braquage, deux policiers (Johansson et Jarnebring) de la brigade des mœurs décident d’enquêter, pas tout à fait officiellement. Ils découvrent que l’auteur du braquage est un vrai pro. Au point, qu’ils se mettent vite à suspecter quelqu’un de la « maison ». Mais ce quelqu’un semble être couvert par le ministre de la Justice. L’affaire, véridique, fit grand bruit en Suède et le film permit au cinéaste de relancer sa carrière. Toujours d’actualité, tant esthétiquement que sur le fond.

Signalons qu’une bonne part de l’excellente filmographie de Widerberg (Ådalen 31, Un Flic sur le toit, Elvira Madigan, Joe Hill, etc.), très grand cinéaste, est aujourd’hui disponible en DVD (Malavida).

 

* Bo Widerberg, L’Homme de Majorque, Malavida (1984)

La Beauté des choses

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Sorti en 1995, La Beauté des choses est le dernier film de Bo Widerberg. S’il prend la ville de Malmö pour cadre, en 1943, il aurait pu se passer ailleurs et à une autre époque, puisqu’il relate avant tout l’histoire d’amour entre Stig, un lycéen, et Viola, sa professeure de lettres. Le sujet n’est pas neuf mais Widerberg le traite à sa façon, c’est-à-dire avec sensibilité, n’hésitant pas à user d’humour lorsque la situation devient trop sombre. Représentant de profession, Frank, le mari de l’enseignante, est alcoolique. Lorsqu’il découvre la liaison, une relation d’amitié entre lui et Stig (joué par le propre fils du cinéaste) se noue, alors que Viola semble perdre la tête.

 

* Bo Widerberg, La Beauté des choses, 1995, Malavida

Happy Sweden

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Happy Sweden (2008), du cinéaste Ruben Östlund (né en 1974), est un long métrage constitué d’une suite de petites scènes avec des personnages récurrents. Toutes s’articulent autour de ce que nous pourrions nommer des manques d’égard envers autrui, des incivilités, des actes qui ne portent pas forcément à conséquence mais qui, accumulés, pourrissent la vie de ceux qui en sont victimes. Un projectile lancé sur une voiture qui passe, une dégradation dans un bus, une blague entre copains qui tourne quasiment au viol, une enseignante qui incrimine publiquement l’un de ses collègues pour prendre la défense d’un gamin tapageur… Ruben Östlund réussit le tour de force de lier entre elles ces scènes et, sans émettre de jugement, de laisser le spectateur seul avec la gorge nouée. (Notons qu’il récidivera avec cette façon de faire dans Play, 2011, et Snow therapy, 2014.) Intéressant.

 

* Ruben Östlund, Happy Sweden (2008), BAC films