Poésie

Les petites choses

Deux voix

 « Si tu n’as plus le courage de faire encore un pas,

de relever la tête,

si tu succombes, désemparé, sous le poids de la grisaille –

réjouis-toi, alors, et remercie les petites choses aimables,

réconfortantes, enfantines.

Tu as une pomme dans la poche,

un livre de contes qui t’attend chez toi –

de toutes petites choses que tu dédaignais

à l’époque où ta vie rayonnait,

devenues doux soutien aux heures mortes. »

 

« Les petites choses » (« Små ting »), trad. Caroline Chevallier, in Deux voix, poèmes de Edith Södergran et Karin Boye (présentation et traduction Elena Balzamo et Caroline Chevallier, dessins Turi Arntsen), Caractères, 2011.

Grand nom de la poésie moderniste, et féminine et suédoise et en quête de Dieu, Karin Boye (1900-1941) a signé l’un des tout premiers romans d’anticipation politique : La Kallocaïne (Kallocaïn, 1940 ; trad. Marguerite Gay et Gert de Mautort, Ombres, 1988), avant 1984 de George Orwell (1948) ou Nous autres (1924) d’Eugène Zamiatine. L’intimité contre les masses… La réflexion contre les totalitarismes d’alors, contre ceux d’aujourd’hui et contre ceux à venir.

Printemps français

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« …Toute lettre doit être ouverte enfin

chaque question recevoir une réponse.

Et quiconque a des yeux et les fronce

doit pouvoir suivre le loup en chemin.

 

Les traces que nous laissent les hommes

montrent à chacun où vit son frère.

Car personne n’est aussi solitaire

qu’il peut le croire au cœur de l’automne. » (Stig Dagerman)

 

Stig Dagerman, « La première neige », in Printemps français/Poèmes satiriques (Fransk vär), trad. Philippe Bouquet, Ludd, 1995. Stig Dagerman (1923-1954) a souvent écrit dans la presse, notamment des « billets quotidiens » rimés sur des sujets d’actualité ou de société.

Les Hommes de l'émeraude

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« La vie est d’une richesse infinie,

saisissons-la à pleines mains,

que notre pouls batte au rythme du temps.

 

Venez nous rejoindre dans nos forges noires de suie.

Donnez-nous des heures, offrez-nous des jours,

entassez-les tout autour de nous.

Nous les saisirons tous, un par un,

nous poserons chaque minute sur l’enclume, devant nous. »

(Josef Kjellgren, Nous sommes des milliers,Plein chant)

 

La littérature prolétarienne suédoise a compté de grands noms. Josef Kjellgren (1907-1948) est l’un d’entre eux. Les Hommes de l'Emeraude (Smaragden, 1939, trad. Philippe Bouquet, Pandora, 1980) et La Chaîne d’or (Gulkedjan, 1940, trad. Philipe Bouquet, Plein chant, 1991) sont deux romans dans lesquels il n’y a pas un mais une multitude de personnages principaux – l’équipage d’un navire. Notons qu’ils ont été repris en un volume, augmenté (Cambourakis, 2013)

Baltiques

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« L’autobus se traîne dans la soirée d’hiver.

Il luit comme un navire dans cette forêt de pins

où la route est un canal mort étroit profond.

 

Peu de passagers : quelques vieux et aussi quelques très jeunes.

S’il s’arrêtait, s’il éteignait ses phares

Le monde soudain disparaîtrait. »

 

« Les formules de l’hiver », in Accords et traces (Klanger och spår, 1966), repris in Baltiques.

 

« Tranströmer dispose de la faculté de regarder au fond du poème comme on regarde au fond d’un puits, pour en retirer des visions, des images et des objets qui semblent arrachés au néant », écrit le traducteur (et lui-même poète) Jacques Outin dans sa préface à Baltiques (Le Castor astral, 2004, et Gallimard/Poésie), recueil regroupant cinquante années (1954-2004) d’écriture de Tomas Tranströmer (1931-2015), Prix Nobel de littérature 2011.