Histoire

Bernadotte, roi d’aventures du Béarn à la Suède

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Né à Pau en 1763, sergent dans l’armée royale, général des armées de la République, maréchal d’Empire, Jean-Baptiste Bernadotte devient roi de Suède en 1810 (et meurt en 1844). Dans Bernadotte, roi d’aventures du Béarn à la Suède, Guy Mathelié-Guinlet trace, sans trop s’embarrasser d’objectivité et de manière synthétique, le portrait d’un homme de son temps, peu enclin aux idéaux révolutionnaires, pas tout à fait hostile non plus, opportuniste surtout : « en l’espace de deux ans, il était passé du grade de sous-officier à celui le plus élevé de l’armée française », général de division et gouverneur militaire de Maastricht. Le tempérament de Bernadotte, plein d’un « bon sens béarnais », s’oppose rapidement à celui de Bonaparte. C’est « le côté humain du personnage », sa « générosité », qui explique que le roi de Suède, Charles XIII, trop âgé pour avoir des enfants, le choisisse un jour comme son successeur, explique encore Guy Mathelié-Guinlet. Le fait que Bernadotte prénommât Oscar son premier fils, prénom courant en Suède (Oskar), était-il prémonitoire ? On peut sourire mais aujourd’hui encore les descendants de la famille Bernadotte siègent sur le trône de Suède. Les premiers mots de Charles-Jean (puisqu’il décide de se faire appeler ainsi) Bernadotte sur le sol suédois semblent plus significatifs : « …La paix est le seul but glorieux d’un gouvernement sage et éclairé. » Sa patrie d’adoption ne l’a pas désavoué. Insistant peut-être trop sur les prétendues qualités béarnaises de Bernadotte (ceux qui sont nés quelque part ont toujours des qualités que les autres n’ont pas, aurait rigolé Brassens), Guy Mathelié-Guinlet nous restitue cependant bien le personnage, qui deviendra Charles XIV Jean, et nous montre que ce ne n’est pas se montrer traître à sa patrie (comme Napoléon tenta de le présenter) que de préférer la paix à la guerre. Mais il est vrai que la bêtise cocardière l’emporte trop souvent sur l’humanisme et l’intelligence…

 

* Guy Mathelié-Guinlet, Bernadotte, roi d’aventures du Béarn à la Suède, éd. des Régionalismes, 2016

Volonté éthique…

« …La culture scandinave est (…) faite de cette volonté éthique qui est bien plus qu’une attitude sociale, mais plutôt une démarche personnelle. Se connaître, s’accepter, s’assumer, le tout avec un infini mépris pour le mensonge, c’est cette rigueur morale, millénaire, qui constitue en partie la mentalité nordique. Pour le pire parfois, comme la soumission à l’ordre social, quand les Scandinaves se conforment volontairement et de façon rigide aux règles édictées au nom des maîtres des cieux et de la Terre. Mais pour le meilleur aussi, lorsque des femmes et des hommes du Nord décident de s’émanciper eux-mêmes et de défendre avec une constance et une persévérance propres, à la fois universelles et particulières, des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité. »

Fred Alpi (préface à Franklin Rosemont, Joe Hill, Bread, roses and songs)

​Raoul Wallenberg

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 « 9 juillet 1944. Raoul Wallenberg, ressortissant suédois, pays neutre, muni d’un passeport diplomatique, arrive dans la capitale hongroise pour tenter de sauver les Juifs de la ville. » Ainsi commence l’ouvrage publié sous la direction de Fabrice Virgili (qui avait déjà présenté et annoté l’édition de Sauver Paris – éd. Complexe, 2002 – de Raoul Nordling, consul de Suède en France durant l’Occupation) et Annette Wieviorka et intitulé sobrement Raoul Wallenberg (Payot, 2014). Ce diplomate suédois ne ménagera pas ses efforts pour empêcher les assassinats de masse. 10 000 Juifs hongrois seront sauvés grâce à lui, qui leur fournira de faux papiers suédois ou leur permettra de se cacher. Ce courage lui vaudra le titre de « Juste ». Il disparaît mystérieusement lorsque l’Armée rouge entre à Budapest, en janvier 1945. Ce n’est que longtemps après, avec l’effondrement de l’URSS et la chute du Mur de Berlin, que certaines archives ont livré leurs secrets. Mort en 1947 dans une prison soviétique, Raoul Wallenberg est l’une des premières et des plus symboliques victimes de la Guerre froide. Plusieurs livres, en français, ont déjà été publiés à son sujet. Les Secrets de l’Affaire Raoul Wallenberg, l’un des plus intéressants, était signé Claudine et Damiel Pierrejean (L’Harmattan, 1998). Dommage qu’il ne soit même pas recensé dans la bibliographie de l’ouvrage de Fabrice Virgile et Annette Wieviorka.

La Citoyenneté locale en Suède

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Idée originale, que propose ici Marie-Pierre Richard : examiner l’état de la citoyenneté aujourd’hui en Suède par le prisme des initiatives locales. « Il s’agit de montrer qu’en Suède le local fait sens pour décrire et expliquer la citoyenneté, montrer que si la citoyenneté suédoise présente évidemment une composante étatique, elle possède une composante infra-étatique plus significative encore. » En effet, en Suède, existent deux sortes de citoyenneté, la citoyenneté locale et la citoyenneté nationale, et les deux, si elles ne s’affrontent pas, ne sont pas forcément identiques. Ce que l’on nomme le « contre-pouvoir » est une tradition établie en Suède depuis fort longtemps et a permis à la société d’évoluer sans heurts trop violents. Le principe de transparence en est l’une des expressions les plus connues. N’importe quel citoyen suédois peut avoir accès à la plupart des documents administratifs. Mais les concepts de citoyenneté évoluent au même rythme que la société. Le phénomène de l’immigration, par exemple, modifie les rapports sociaux, d’autant plus que la Suède est un pays qui s’est toujours refusé à stagner, quitte, pour cela, à se transformer en profondeur. « La citoyenneté locale égalitaire a été théorisée à une époque de grande homogénéité sociale et culturelle, à une époque où les étrangers étaient des travailleurs… » Aujourd’hui, alors que la Suède, dont la population a longtemps été très homogène, est le pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés (par rapport à sa population totale), l’idéal de justice et d’égalité qui a prévalu est-il encore effectif ? Quelles traces ont laissé les émeutes qui ont secoué la banlieue de Stockholm et d’autres villes suédoises en 2013 ? L’individualisme, qui a toujours été sous-jacent dans l’égalitarisme suédois, est en train de devenir primordial : quels changements en attendre ? Les collectivités locales peuvent-elles empêcher le démantèlement de l’État providence voulu par la droite libérale ? Et que penser de la montée de l’extrême droite, qui dépasse souvent aujourd’hui, notamment dans le sud du pays, 10% des suffrages ? Marie-Pierre Richard pose des questions et, grâce à un examen attentif de divers médias, apporte de très nombreux éléments de réponses. Sa conclusion ? Il y a bel et bien une « remise en cause » de l’État providence et ce, dans tous les domaines : « la cohésion sociale s’effrite et des agitations de quartiers apparaissent ».

 

* Marie-Pierre Richard, La Citoyenneté locale en Suède (préf. Michel Hastings), Presses universitaires du Septentrion (Espaces politiques), 2016

 

Milicien et ouvrier agricole…

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C’est en tant que marin que Nils Lätt (1907-1988), suédois et espérantiste, anarchiste jusqu’à son dernier jour, part d’abord en Espagne. En 1936, il s’engage dans le Groupe international de la colonne Durruti ; en avril de l’année suivante, il est gravement blessé (il perd l’œil gauche) et pourtant rejoint une collectivité agricole en Aragon. De retour en Suède en 1938, il livre ses souvenirs, aujourd’hui publiés en français par les éditions du Coquelicot : Milicien et ouvrier agricole dans une collectivité en Espagne. « Le marin anarchiste Lätt nous offre, avec ce témoignage attentif rédigé à chaud, une lecture passionnée et passionnante des événements, avec une lucidité extraordinaire et une richesse de détails qui seront largement confirmés par l’historiographie ultérieure », note l’historien Renato Simoni dans sa préface. Nils Lätt s’établit ensuite à Göteborg, poursuit ses activités au sein de la SAC (Sveriges arbetares centralorganisation) et édite la revue anarchiste Brand. Après la mort de Franco, il retourne un moment en Espagne et retrouve certains de ses compagnons anarchistes de jeunesse. Son témoignage, Milicien et ouvrier agricole dans une collectivité en Espagne, n’en est qu’un parmi d’autres, beaucoup d’autres (songeons aux travaux de Gaston Leval ou de Frantz Mintz sur les collectivisations). Il est cependant capital car toujours très précis, toujours argumenté, toujours ancré dans un contexte que l’auteur se charge d’expliciter en quelques mots. « Lutter et apprendre, apprendre et lutter, c’était le mot d’ordre des anarcho-syndicalistes espagnols », relève Nils Lätt, ajoutant, plus loin : « …seule la collectivisation pouvait donner de l’enthousiasme aux jeunes travailleurs des fronts, enthousiasme nécessaire pour compenser le manque d’armement face à un ennemi incroyablement supérieur. » L’Histoire ne se répète pas, espérons-le, mais, comme Nils Lätt, gardons toutefois cette page, l’Espagne libertaire, en mémoire car l’Histoire peut quelquefois se conjuguer à l’espoir et, avec un tel exemple, nous rappeler la pertinence de belles idées comme l’égalité, la justice et la fraternité.

 

* Nils Lätt, Milicien et ouvrier agricole dans une collectivité en Espagne (Som milisman och kollektivbonde i Spanien, 1938), trad. Anita Ljungqvist, présentation et annotations Renato Simoni & Marianne Enckell, Le Coquelicot (Cahier n°4), 2013

Derrière les barricades de Barcelone

Baricades

« La signification de la révolution espagnole, pour les pays occidentaux, est incalculable. Ce peuple courageux et conscient a montré aux travailleurs européens le chemin vers la liberté, l’autonomie et le communisme libertaire », écrit Axel Österberg en prologue de son petit ouvrage publié en Suède en 1936 et jamais réédité depuis, Derrière les barricades de Barcelone. Les éditions du Coquelicot, à Toulouse, qui publient notamment des ouvrages consacrés à cette période, ont l’excellente idée de le proposer aux lecteurs français. « La solidarité avec l’Espagne, pendant la guerre civile de 1936-1939, a été très active en Suède », explique Marianne Enckell, spécialiste de l’histoire du mouvement anarchiste, dans sa postface. Comme, aujourd’hui, nous sommes loin, peut-on regretter, de cette belle utopie fraternelle, qui fut capable de s’élaborer en pleine guerre civile. Militant anarchiste au sein de la SUF, les Jeunesses libertaires suédoises, journaliste pour Arbetaren, le journal de la SAC (Sveriges arbetares centralorganisation), Axel Österberg se trouvait par hasard à Barcelone le 18 juillet 1936, lors du coup d’État militaire de Franco. Son récit est un témoignage, un témoignage engagé, un peu à la façon de celui, l’année suivante, de George Orwell, Hommage à la Catalogne. « Les fascistes ont les armes mais les ouvriers ont l’enthousiasme et le courage », note Österberg, qui déplore combien le gouvernement catalan, la Generalitat, tergiverse et hésite à donner à la population les moyens de se défendre contre les militaires. Les collectivisations vont pourtant aller bon train, en dépit de la nouvelle guerre civile (communistes contre trotskistes et anarchistes) qui éclatera bientôt au sein même de la guerre civile en cours (franquistes contre Républicains). Action et émotion ont guidé la plume de ces chroniques et nous laissent, à leur lecture, le sentiment que les événements de cette période ont marqué effectivement et durablement notre histoire. « Ce que signifie la socialisation de la Catalogne est sans comparaison dans l’histoire de l’humanité. » Les réalisations anarchistes des années 1936-1939, en Espagne, sont toujours à méditer et, pour nombre d’entre elles, à recommencer.

 

* Axel Österberg, Derrière les barricades de Barcelone (Bakon Barcelonas narrikader, 1936), trad. de l’espagnol Jacqueline Cortès Coumerly, introduction Albert Herranz, traducteur de l’édition originale suédoise, Le Coquelicot (Les Cahiers du Coquelicot n°8), 2016