K-L-M

Zack

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Les hasards du monde éditorial font que le nouveau roman de Mons Kallentoft (cosigné cette fois-ci avec Markus Lutteman), Zack, sorte en même temps qu’un petit livre satirique de Henrik Lange, Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer. La lecture en parallèle des deux ouvrages est assez drôle, tant les recettes présentées par Henrik Lange sont déclinées, l’une après l’autre, dans le roman de Kallentoft (né en 1968)/Lutteman (né en 1973). Précisons d’emblée ici que nous avons plutôt apprécié la série des « Quatre saisons » de Mons Kallentoft avec, pour personnage principal, l’enquêtrice Malin Fors. Et ajoutons que ce volume n’est pas désagréable à lire, bien qu’il verse constamment dans la caricature du genre. Le héros (il s’agit bien d’un héros, oui !), Zack(arias) Herry, vingt-sept ans, a intégré la police parce que sa mère, elle-même policière, avait été retrouvée assassinée et que le coupable demeure inconnu. Il s’est juré de la venger. Aujourd’hui plus jeune membre d’une unité spéciale de la police chargée d’enquêter sur les affaires les plus complexes, il est le proche ami d’un dealer, Abdula, copain d’enfance en banlieue de Stockholm, et se drogue, boit, mène diverses liaisons amoureuses et, « plus que tout, il déteste perdre ». Il est également, bien sûr, en butte à sa hiérarchie, laquelle lui reproche surtout d’agir sans égard pour la légalité. Il sait se battre et manie très bien les armes. Il côtoie des individus pour lesquels l’argent ne fait pas défaut mais garde toujours au fond de lui une « haine des riches » : « Elle se manifeste encore vivement, de temps en temps, même s’il a de plus en plus de mal à l’accepter. Elle est trop souvent injustifiée. Ce n’est tout de même pas la faute des bourges s’il a été élevé en banlieue par un père mourant. C’est plutôt aux politiciens qu’il devrait en vouloir… » Zack est un jeune homme de son époque, pourrait-on dire, avec les goûts et les dégoûts de son temps. Il va, dans ce premier volume de ses aventures (d’autres sont annoncés), combattre un réseau de prostitution dont les victimes sont des Birmanes employées dans des salons de massage de la capitale suédoise. Rien de bien nouveau : il y a les gentils (ici les femmes et en l’occurrence ces malheureuses victime des réseaux de prostitution) et il y a les méchants, cette mafia turque alliée à la haute finance suédoise, avec en arrière-plan l’extrême droite et son idéologie de haine… D’accord : les deux auteurs savent tenir les lecteurs en haleine, mais… Que retenir de ce énième polar, que Henrik Lange pourrait mentionner comme le prototype parfait du roman destiné à être par la suite adapté au cinéma et à procurer de belles sommes d’argent à ses auteurs ?

 

* Mons Kallentoft/Markus Lutteman, Zack (Zack, 2014), trad. Frédéric Fourreau, Gallimard (Série noire), 2016

Leon

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Comme Zack précédemment paru, Leon est un roman qui met en scène ce personnage de policier hors norme, Zack Herry, toxicomane, meilleur ami d’un dealer et fils d’une policière mystérieusement disparue : « Il est d’une efficacité redoutable quand les choses tournent mal. ». Peut-être encore plus que le précédent, pourtant, ce roman relève du mauvais scénario tant l’action est enlevée et peu consistante : à poings nus ou avec des armes, les affrontements se succèdent. Zack est un héros nullement plausible qui se trouve au centre d’aventures pas un instant crédibles. Ici, par exemple, il doit retrouver l’enfant d’un très riche entrepreneur de jeux vidéos, enlevé par un assassin sanguinaire qui se déguise en lion. Pourquoi en lion ? Parce que l’assassin, dans sa jeunesse, en a vu un dans un zoo, que son frère est mort à cause de l’entrepreneur et que... « Je suis tout ce que les lions en captivité ne sont pas », rugit-il. Si, si, ce n’est pas plus compliqué que cela ! Une course contre la montre est bien sûr engagée et… Révéler la fin ne gâchera rien au plaisir de ne pas lire ce roman : tout se termine pour le mieux, l’enfant est libéré et son ravisseur tué. Comme il se doit, la société suédoise porte sa lourde part de responsabilité : « Il n’y a que nous autres Suédois qui ne voulons pas voir la réalité en face. » On avait connu Mons Kallentoft beaucoup plus inspiré avec sa série des saisons, quatre (plus une) bonnes enquêtes policières (Hiver, Printemps, Été, Automne et La Cinquième saison).

 

* Mons Kallentoft/Markus Lutteman, Leon (Zack, II) (Leon, 2015), trad. Hélène Hervieu, Gallimard (Série noire), 2017

Dans son regard

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On ne reprochera pas à Theodor Kallifatides (écrivain suédois né en 1938, en Grèce) d’écrire des romans policiers comme naguère, quand importait l’enquête au détriment des personnages. Tous ses personnages à lui ont une vie propre et le lecteur n’ignore rien de leurs soucis affectifs ni de leur sexualité. Même les flics couchent avec leurs suspects, conférant à l’enquête le caractère d’une tragédie grecque. Pour preuve, une nouvelle fois, ce dernier volume de sa trilogie consacrée à la commissaire Kristina Vendel, Dans son regard. Des photos d’elle nue et dans des poses suggestives circulent, prises alors qu’elle avait été droguée. Par qui ? c’est ce qu’elle va s’efforcer de savoir. Les trois volumes (Juste un crime et Le Sixième passager sont les deux premiers titres) sont plutôt décevants (nulle comparaison possible, par exemple, avec la série Bäckström de Leif G. W. Persson, chez le même éditeur). Tout est lourd et déborde de clichés, certes gentillets (sur les femmes, les immigrés…) mais lassants (la bienveillance ne suffit pas à faire un bon livre) et les rebondissements de l’intrigue ont du mal à capter l’attention du lecteur. Les sentences dispersées çà et là n’arrangent rien : « Se venger ne rimait à rien. (…) Elle avait voulu se venger pour effacer sa honte, elle savait maintenant qu’on ne dépasse pas la honte par la vengeance mais en partageant la honte avec celui qui en avait été la cause. » Cette trilogie ressemble à un exercice littéraire loupé, c’est dommage car les autres volumes de Kallifatides disponibles en français (Un Long jour à Athènes ou Les Santons du Péloponnèse) relèvent de cette littérature inspirée que des auteurs nés ailleurs ont su apporter à la Suède.

 

* Theodor Kallifatides, Dans son regard (I hennes blick, 2004), trad. Régis Boyer, Rivages, 2016

Mon nom est N.

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Embrouillé à souhait, Mon nom est N. du Suédois Robert Karjel (né en 1965 et aujourd’hui lieutenant-colonel dans l’armée de l’air suédoise) est un roman d’espionnage sans fausse note (si ce n’est le titre en français : pourquoi pas Mon nom est Grip ?). Ex-officier de la Sûreté suédoise, Ernst Grip ne sait trop pourquoi on l’envoie dans une base américaine, sinon que, en qualité de Suédois, « il est agréable d’être de ceux qui savent toujours ce qui est juste ». Il obéit et le voici en plein océan Indien, sur une île occupée par l’armée, avec la tâche d’interroger adroitement un détenu afin de déterminer sa nationalité – un Suédois, comme le soupçonnent les autorités ? Parallèlement, quelques années plus tôt, le lecteur suit en Thaïlande un groupe de rescapés du tsunami. Tous éprouvent le sentiment plus ou moins fort d’être immortels et de bénéficier du privilège de ne plus exister aux yeux de leurs contemporains. Ils ont disparu de la circulation, on les considère comme morts, ils peuvent accomplir ce qu’ils veulent – et ce sera se venger d’un prêtre américain qui s’est réjoui que la volonté de Dieu ait tué, par cette vague géante qui a déferlé sur les côtes asiatiques, quantité d’impies et de dépravés. Se venger et s’enrichir, tant qu’à faire. « On était tous les cinq assis autour d’une table, sur une plage. Des survivants. Des invisibles. Quelqu’un a dit qu’il fallait agir ici et maintenant. » Mais rien ne se passe comme prévu et le groupe éclate. Et Ernst Grip se retrouve lui-même soupçonné. Et les rôles des uns et des autres deviennent troubles. Qui est qui ? Une lecture plutôt plaisante.

 

* Robert Karjel, Mon nom est N. (De redan döda, 2010), trad. Lucas Messmer, Denoël (Sueurs froides), 2016

Du sang sur le sable

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Dans le golfe d’Aden, de nos jours, une famille de Suédois, les parents et leurs deux enfants, est capturée par des pirates somaliens. À Djibouti, dans le même temps, un soldat suédois est tué lors d’un exercice de tir. Par qui ? L’officier des Services secrets suédois Ernst Grip est appelé sur place. « Il travaillait pour le service de la Sûreté, également appelé Säpo, mais il faisait partie du groupe de protection rapproché. Visite d’État à Dubaï un jour, inauguration d’une clinique à Skövde le lendemain. (…) En tout cas, il bénéficiait d’une solide réputation quant à ses capacités physiques et à son adresse au combat à mains nues. » Ernst Grip se remet difficilement de la mort de Ben, son compagnon artiste qui vivait à New York. Mais il n’est pas homme à se laisser abattre sans lutter et la quête de la vérité dans laquelle il se lance l’oblige à reprendre les rênes de sa vie. Les deux affaires, va-t-il s’apercevoir, sont liées. « Grip était impoli et prenait des libertés. Il était obstiné et ne témoignait pas le moindre respect pour la hiérarchie militaire… » Sur un sujet quelque peu équivalent, songeons au film de Tobias Lindholm, Hijacking (2013). Comme le précédent roman de Robert Karjel, Mon nom est N., celui-ci, Du sang sur le sable (Après la mousson, en suédois) est bien construit, avec une véritable intrigue bien renseignée, qui s’inscrit dans l’actualité et la politique internationale. Plutôt un roman d’espionnage que policier, toutefois.

 

* Robert Karjel, Du sang sur le sable (Efter monsunen, 2016), trad. Lucas Messmer, Denoël (Sueurs froides), 2017

Bonobo club

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Nova, le « grand projet des keufs sur les plus grands criminels de tout Stockholm », est à l’œuvre et Adnan, qui vient de purger une peine d’un an et demi de prison pour trafic de drogue, peut se sentir concerné. Magnus, lui, est commissaire à la brigade de répression du banditisme. Une quarantaine d’années, « encore tous ses cheveux », célibataire, « non, vraiment, on ne peut pas dire qu’il ait des problèmes pour attirer les nanas », mais on peut dire, en revanche, que « Magnus-le-rut », raciste comme il se doit, est un bon macho fier de lui, capable de violer une prostituée ou sa propre épouse et qui, le reste du temps, se satisfait de regarder « un bon match de foot à la télé ». Amanda, elle, est entrée dans la police pour retrouver le violeur de sa sœur et n’hésite pas, dans ce but, à sortir avec Adnan. Adnan et Magnus, les deux faces d’une même médaille : l’un est converti à la légalité et l’autre, à l’illégalité. Voici les personnages principaux de Bonobo club, polar signé Anna Karolina (ancienne policière, née en 1974). Les phrases sont courtes, pleines de mots qui n’étaient pas en usage il y a dix ans ; l’action rebondit à chaque page, passant de la criminalité organisée des Yougoslaves à des affaires de viols dissimulés par la police. Quelque part du côté de Jens Lapidus, pour le monde de malfrats mis en scène, de Jenny Rogneby pour les policiers ripoux ou limite, et de Stieg Larsson pour la violence exercée à l’encontre des femmes et l’arrogance des gens de pouvoir… À suivre (trois volumes parus à ce jour) !

 

* Anna Karolina, Bonobo club (Sköld av babian), trad. Martine Sgard, Piranha (Black), 2017

Désaxé

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On pensait Joona Linna mort et enterré et voici qu’il refait surface dans Désaxé, le dernier roman du couple Lars Kepler. Un peu piteux, certes, l’ex-policier, mais l’esprit vaillant, aux aguets. Son ennemi de toujours, celui qui avait juré de le tuer et surtout de tuer sa femme et sa fille, semble en effet avoir été éliminé. Joona sort donc de sa tanière et reprend du service, sans l’assentiment de sa hiérarchie. « L’inspecteur légendaire a vieilli. » Il ressemble à présent plus à un SDF qu’à un super-héros. Mais le mésestimer, ce serait mal le connaître et lorsqu’il lui faut faire le coup de poing, Joona se montre encore à la hauteur. Dans la région de Stockholm, des femmes sont mystérieusement filmées avant d’être assassinées de manière très brutale. L’enquête mène les policiers de nouveau dans les hôpitaux psychiatriques et les contraint à envisager des hypothèses difficilement soutenables : le suspect principal, innocenté, aurait-il un ou des adeptes ? Ce cinquième roman de Lars Kepler reprend la forme des précédents. L’hypnotiseur Erik Maria Bark est une nouvelle fois appelé à la rescousse mais il n’a plus ici le beau rôle. Meurtres bien sanglants, fausses pistes à foison, résurrection des quasi-morts et courses dans les souterrains… Tout semble fini et hop ! on recommence. De l’action, de l’action, de l’action ! Et trois pages finales pour expliquer ce qui pourrait être difficile à comprendre. Que de longueurs, peut se dire le lecteur, qui ne voit pas où Lars Kepler veut en venir. Une seule conclusion : un roman sans intérêt.

 

* Lars Kepler, Désaxé (Stalker, 2014), trad. Lena Grumbach, Actes sud (Actes noirs), 2016

Représailles

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Après Châtiments et Désir mortel, c’est avec un humour grinçant que Hans Koppel relate les différentes histoires, toutes aussi improbables que crédibles, qui s’entremêlent dans Représailles, dont l’action se passe de nouveau en partie à Höganäs, en Scanie. Un meurtre est commis, puis un deuxième. Le lecteur connaît les coupables, une femme, patronne de bordels au Danemark, et son acolyte, Sara et Matte, il connaît leurs motivations, de l’argent à récupérer. « Le rapport de forces était clairement défini. Sara décidait, Matte obéissait. » Les policiers suédois enquêtent. Karlsson et Gerdin. Plutôt lourdauds, et même si le scénario s’étale clairement devant eux, ils ont du mal à le voir dans sa totalité. « Kling et Klang », se moque Sara, se remémorant les personnages de policiers balourds des aventures de Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren. Nous pouvons aussi penser à Kristiansson et Kvant, les deux flics du couple Sjöwall-Wahlöö. « …Il existe un million d’explications plus plausibles que celle que tu viens de m’exposer », rétorque Karlsson à Gerdin lorsque ce dernier, comme involontairement, lui expose le parfait déroulement des faits. « Mais supposons, pourquoi pas, que tu aies raison. Que tout se soit exactement déroulé comme tu l’as décrit. Ça change quoi ? (…) C’est l’affaire de la police de Copenhague, pas la nôtre. (…) Nous ne sommes que des policiers. » Hans Koppel (pseudonyme de Petter Lidbeck, né en 1964, auteur de romans pour la jeunesse) signe là un roman policier plaisant et qui ne se prend pas au sérieux, loin des polars nordiques habituels. Des personnages déconcertants, pas de critique sociale, peu de développements psychologiques, pas de morale (quasiment tout le monde est puni sauf…) mais une intrigue qui rebondit et qui tout au long, même lorsqu’elle devient dramatique, prête à sourire.

 

* Hans Koppel, Représailles (Om döda ont, 2013), trad. Hélène Hervieu, Presses de la Cité, 2017

 

Comment écrire un polar suédois…

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Nul doute que Henrik Lange s’est amusé lors de la rédaction de cette bande dessinée, Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer, présentée, en tant qu’objet, comme un pastiche des volumes de la collection « Actes noirs » d’Actes sud (où l’on trouve Stieg Larsson avec Millénium, Camilla Läckberg, Erik-Axl Sund, etc.). Lange nous livre ici le mode d’emploi pour, comme l’indique le titre, rédiger le parfait « polar suédois ». Bien sûr, l’humour est au rendez-vous et l’auteur insiste sur les points communs des ouvrages constituant non plus une branche du genre roman policier mais ce qui est quasiment devenu un genre en soi, le roman policier suédois. Son entreprise est heureuse, tant les éditeurs, en effet, publient de romans policiers suédois (ou nordiques) sans en vérifier la qualité. Nombre comportent les mêmes ingrédients : un enquêteur désabusé, en rupture de couple, avec un enfant qu’il (ou elle) ne voit plus guère ; des supérieurs carriéristes et peu au fait des difficultés sur le terrain, des collègues fatigués ou adeptes des méthodes fortes ; des suspects coupables de tout sauf du crime en question ; et des coupables qui ne sont même pas toujours punis… L’important, avance Henrik Lange, est que le livre finisse par être adapté au cinéma : « ce qui semble être l’unique but de son écriture » car alors, le tiroir-caisse se met à sonner. Il y a des recettes, dont pas mal d’auteurs usent et abusent et que nous critiquons sur ce site. Mais il nous semble que l’intérêt du roman policier nordique (et pas uniquement suédois) contemporain va au-delà de ces saillies justifiées. Il nous semble qu’à partir de la publication du premier volume (Roseanna, 1965) du « Roman d’un crime » (dix titres, 1965-1975) du couple Sjöwall-Wahlöö, le roman policier nordique a considérablement gagné en consistance : plus d’enquête pour l’enquête mais un travail d’investigation qui donne à voir la société et ses travers, autrement dit son envers. Bien sûr, ce renouveau dans l’écriture a entraîné une systématisation de certaines pratiques et surtout, le succès rencontré a incité des auteurs à signer un polar afin d’assurer leur gagne-pain. Beaucoup – trop – de romans policiers nordiques sont édités aujourd’hui et forcément tous ne sont pas des chefs-d’œuvre. Mais la plupart, grâce, justement et peut-être, à ces recettes, ne sont pas franchement mauvais. Ce qu’estime Henrik Lange, d’ailleurs, car pour écrire son livre, combien a-t-il dû en lire, des polars !

 

* Henrik Lange, Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer (Lektionner i mord, 2015), trad. Hélène Duhamel, Çà et là, 2015

Millénium 4

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Compte à rebours dans les médias et parution annoncée comme, rien que ça, l’événement du jour, difficile de passer à côté du quatrième volume de Millénium. Stieg Larsson (1954-2004), auteur des trois premiers volumes, mort d’une crise cardiaque avant même leur parution, qui donc, pour écrire ces nouvelles aventures des deux célèbres héros, Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist ? Le choix s’est porté sur David Lagercrantz, journaliste (né en 1962) qui a déjà, par ailleurs, signé une biographie du footballeur Zlatan Ibrahimović. Eva Gabrielsson, compagne (non mariée) de l’écrivain s’est opposée à cette publication mais le père et le frère, seuls représentants légaux, ont donné leur aval. Pour en savoir plus sur les relations des uns avec les autres, et notamment et aussi des motivations de Stieg Larsson, renvoyons à la lecture de l’ouvrage de sa compagne (Millénium, Stieg et moi). Renvoyons, également et avant tout à la lecture de la trilogie, qui, bien que lancée avec une promotion énorme, démesurée pour un objet littéraire, n’est pas indigne de figurer sur les étagères des amateurs de littérature – policière ou non. Quant aux innombrables bourdes de la traduction, il s’agit d’un problème cette fois-ci résolu, avec un traducteur qui n’avait pas sévi auparavant (permettons-nous de mentionner, pour une lecture plus pointue de Millénium, notre Dictionnaire du roman policier nordiques, Les Belles lettres, 2010). Les trois volumes de Stieg Larsson étaient séduisants, en dépit des critiques légitimes qui leur furent adressées : une action pas toujours crédible ? Et alors, le genre « roman policier » prétend rarement rendre compte de l’exacte réalité même lorsque, comme ici, il entend coller au monde des affaires ou à celui de la politique. D’autant plus que Stieg Larsson, comme il l’a reconnu à maintes reprises, a multiplié ici et là les clins d’œil à sa compatriote Astrid Lindgren, à commencer par le surnom de Mikael Blomkvist dit « super-Blomkvist » (un roman pour les jeunes lecteurs d’Astrid Lindgren) et les références à Pippi Lånsgtrump – Fifi Brindacier dans la construction du personnage de Lisbeth Salander (et dans le 4e volume, David Lagercrantz en remet une couche, ajoutant au passage une filiation spirituelle avec une héroïne de comics). Stieg Larsson a joué avec les règles de la littérature et on ne saurait le lui reprocher. Millénium, c’était encore la dénonciation de la violence, celle faite aux femmes par les hommes tout comme, d’une autre manière, celle faite aux salariés par les employeurs ou aux immigrés par l’extrême droite. L’auteur brandissait un discours politique, qu’il énonçait par ailleurs dans ses articles dans la revue Expo (modèle de la revue Millénium) dont il était rédacteur en chef. Le succès qui a accompagné la trilogie lui a, en définitive, plutôt porté ombrage, rebutant les lecteurs exigeants et hostiles par principe aux best-sellers, et c’est dommage car Stieg Larsson ne prenait pas ses lecteurs pour des imbéciles.

Et donc, ce 4e volume ? David Lagercrantz a déclaré, en préalable, qu’il prendrait ses distances avec les deux personnages principaux. Constatons que ce n’est pas vraiment le cas et que Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander sont, dans ce livre, fidèles à eux-mêmes. Peut-être ont-ils vieilli, peut-être portent-ils un regard un peu plus distant sur ce qui les entoure, ce qui n’est pas anormal, mais sinon, que les fans se rassurent, ils ne se sont guère assagis, la fougue ne les a pas abandonnés. L’action se passe aujourd’hui. Millénium a été repris par un groupe de presse norvégien, qui souhaite rendre le titre plus rentable et surtout plus people, et la tension est latente. « …Millénium devait maintenir sa ligne : Il y a des émeutes dans les banlieues. Un parti ouvertement xénophobe siège au Parlement. L’intolérance augmente de jour en jour. Le fascisme avance ses pions et il y a des SDF et des mendiants partout. À de nombreux égards, la Suède est devenue une nation honteuse… » Autre auteur de best-sellers (Stockholm noir), Jens Lapidus n’affirme pas autre chose dans ses interviews : la Suède d’aujourd’hui n’est pas une île à l’abri du chaos du monde, elle ne l’a sans doute jamais été en dépit des images qui continuent de lui être associées. Stieg Larsson l’affirmait lui aussi et cette observation constituait même la raison principale de son action. En revanche, s’il n’ignorait pas la figure tutélaire de Big Brother, il n’avait pas encore connaissance des activités de la NSA, qui ne seraient révélées au public que quelques années après son décès. Et c’est autour de cette active excroissance auditive américaine – si l’on peut dire – que le roman de David Lagercrantz s’articule avec, quelque peu en aparté, les problématiques liées à l’intelligence artificielle. Autrement dit « …un monde nouveau, de surveillance et d’espionnage, où les frontières entre le légal et le criminel s’effacent ». On craignait le pire à l’annonce de la parution de ce tome 4 de Millénium. Force est de reconnaître que celui-ci, produit marketing s’il en est (à quand Millénium 5, Millénium 6, etc. ?), tient cependant la route. Entre roman policier, d’espionnage et d’action, ce volume de Millénium n’a pourtant pas la visée politique et sociale que son premier auteur avait attribuée à la série et de ce point de vue ressasse des lieux communs, à commencer par celui-ci : la criminalité s’internationalise et, pour cela, a recours aux nouvelles technologies.

Reste que la démarche consistant à publier un tome supplémentaire à la série alors que l’auteur est mort et que celle qui fut sa compagne pendant vingt ans et qui suivit sa création littéraire n’y est pas favorable relève, et ne relève que, de la stratégie commerciale et qu’il y a là, incontestablement, matière à s’offusquer. Parce que partie prenante et, avant tout, appelés à se prononcer sur la question des droits – le pognon –, les héritiers ne sont pas, en règle générale, les mieux placés pour décider de l’avenir d’une œuvre une fois son auteur mort. On est en droit de s’interroger à qui appartient celle-ci et si, comme dans ce cas, lui donner une suite ne serait pas acte qui mériterait bien, pour le moins, un article vengeur de Super Blomkvist.

 

* David Lagercrantz, Millénium 4, Ce qui ne me tue pas (Det some inte dödar oss, 2015), trad. Hege Roel-Rousson, Actes sud (Actes noirs), 2015

* Eva Gabrielsson et Marie-Françoise Colombani, Millénium, Stieg et moi, Actes sud/Léméac, 2011

La Fille qui rendait coup pour coup (Millénium 5)

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Dans les premières pages du cinquième volume de Millénium, La Fille qui rendait coup pour coup, Lisbeth Salander, « une sacrée dure à cuire », purge une peine de deux mois de prison : « Elle avait pris l’initiative de cacher un garçon autiste de huit ans, refusant de collaborer avec la police parce qu’elle estimait, à juste titre, qu’il y avait une fuite au sein de l’enquête. » Elle a par ailleurs (Millénium 4) démantelé un réseau criminel international. Là, elle décide de braver une autre prisonnière prénommée…. Benito (oui, oui, comme qui on sait !), qui exerce des violences sur les plus fragiles et notamment sur une jeune femme en butte à sa famille musulmane intégriste. Benito ne l’entend pas de cette oreille et met en action tout son réseau pour se venger. Dans le même temps, Mikael Blomkvist enquête, pour un article à paraître dans Millénium, sur des jumeaux qui auraient interverti leur identité et découvre que la Suède avait mis en place un « Institut d’État de génétique humaine et de biologie des races » avant la Deuxième Guerre mondiale, transformé en 1958 en « Institut de génétique médicale » d’Uppsala. Des études ont été menées sur la gémellité et c’est pourquoi Lisbeth avait été séparée de sa mère et de sa terrible sœur jumelle, passée aujourd’hui en Russie et toujours déterminée à la tuer. Comme dans le volume 4 de Millénium qu’il a signé, ou dans le roman Indécence manifeste consacré au mathématicien et décrypteur Alan Turing, David Lagercrantz nous entraîne dans une affaire qui est autant policière que scientifique – et politique. Les personnages sont là, tout comme le décor (essentiellement Stockholm) et l’ouvrage est plaisant à lire. On peut toutefois penser que la promotion dont il bénéficie est quelque peu exagérée, ce cinquième volume de Millénium n’est pas le polar de l’année.

 

* David Lagercrantz, La Fille qui rendait coup pour coup (Millénium 5) (Mannen som sökte sin skugga, 2017), trad. Hege Roel-Rousson, Actes sud (Actes noirs), 2017

 

Indécence manifeste

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C’est à la vie d’un grand bonhomme que s’est attaqué David Lagercrantz dans ce roman, Indécence manifeste. Un grand savant au destin tragique, plutôt oublié de nos jours en dépit de divers hommages et d’émissions récentes de radio ou de télé, Alan Turing, né en 1912 et mort à Londres en 1954. Le mathématicien, qui avait eu un rôle prépondérant sur l’issue de la Deuxième Guerre mondiale (en décryptant les systèmes de communication secrets allemands) et qui engageait de très prometteuses recherches dans le domaine de l’intelligence artificielle, n’était pourtant pas en odeur de sainteté auprès de la CIA ni des services secrets britanniques et nombre de ses collègues le jalousaient ou lui tiraient dans le dos. En cause, son excentricité et plus encore son homosexualité, qui, arguait-on, pouvait donner lieu à des pressions et le contraindre à devenir espion à la solde de l’Union soviétique. Il fallait donc « avant tout nettoyer cet infâme marigot homo ». Vieille de plus d’un demi-siècle, l’affaire Oscar Wilde (1895) n’avait pas modifié les mentalités dans une bonne partie de notre monde occidental. L’homosexualité était toujours considérée comme une « indécence manifeste », selon l’expression alors consacrée par la justice anglaise (le titre français du roman de Lagercrantz est plus parlant que le titre suédois, Chute à Wilmslow). La paranoïa régnait, renforcée par le maccarthysme appliqué aux États-Unis. Avec la mort suspecte de Turing (un suicide ?), l’auteur du controversé 4e tome de Millénium relate ici un épisode particulièrement sombre de la Guerre froide et, surtout, trace l’esquisse de la biographie d’un éminent esprit scientifique. L’inspecteur Leonard Corell est chargé de l’enquête. Le fait que Turing ait été mis à l’index pour « déviance sexuelle » ne le dérange pas, au contraire, car la loi est la loi : « …les homosexuels sont nuisibles pour la société et (…) ils affaiblissent notre morale ». Mais peu à peu le doute s’empare de lui, lui le fils d’un homme qui, « toute sa vie, a prêché la tolérance et le respect », lui qui aurait pu exercer une profession plus en accord avec son intelligence et sa sensibilité, lui qui est si proche de sa tante, « suffragette et lesbienne », lui dont l’attrait pour les femmes est plutôt limité... La mort de Alan Turing bouscule ses préjugés et, quelque peu malgré lui, son enquête devient une réhabilitation de la victime. Indécence manifeste est à classer plus dans le genre espionnage, voire biographie, que policier ou thriller. David Lagercrantz s’intéresse ici à un personnage hors du commun, injustement poursuivi par la justice de son époque et en butte à des préjugés idiots. Une agréable surprise, que ce roman.

 

* David Lagercrantz, Indécence manifeste (Syndafall i Wilmslow, 2009), trad. Rémi Cassaigne, Actes sud (Actes noirs), 2016

Le Dompteur de lions

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Comme à son habitude, Camilla Läcberg nous raconte une histoire de famille dans Le Dompteur de lions. Une histoire de famille sombre et compliquée qui prend pour cadre, comme à son habitude également, la petite ville de Fjällbacka et ses environs. La famille est le thème de prédilection de Camilla Läckberg. Il y a celle un peu idéale que Patrick Hedström, inspecteur de police à Tanumshede, a composée avec Erica Falck, son écrivaine d’épouse et, à présent, leurs trois enfants. Et il y a toutes les autres familles autour, mentalement pathologiques pour la plupart. Pourquoi pas ? Mais le schéma, s’il fonctionne un moment, perd à la longue de son intérêt. Le Dompteur de lions est un roman bien construit, d’une lecture plaisante. Incontestablement, Camilla Läckberg sait captiver le lecteur. Dans les premières pages, une jeune fille est renversée par une voiture ; la police découvre qu’elle avait été auparavant victime de traitements d’une sauvagerie inouïe. L’enquête démarre et, comme souvent avec Camilla Läckberg, va trouver sa solution en partie dans le passé. Et c’est une fois de plus « une théorie à glacer le sang, mais pas irréaliste » qui s’impose. L’équipe de policiers est au complet, avec Patrick Hedström chef officieux, à la place de l’inénarrable commissaire Bertil Mellberg qui cumule les bévues, leurs collègues Gösta et Martin, et Erica Falck qui écrit un livre sur une femme qui a naguère tué son mari, lequel maltraitait leur fille. Or Erica comprend que cette dernière affaire est liée à celle que mène son mari. Ses investigations vont recouper l’enquête des policiers. Sa curiosité et sa perspicacité constituent un plus : « …Elle s’attachait toujours avant tout aux personnes mêlées à un crime, aux personnes directement touchées. Comment était leur vie privée, quelles relations entretenaient-elles ? Quels étaient leurs souvenirs ? » Et c’est bien sûr en partie grâce à elle que l’enquête avance, sans, ici, se conclure tout-à-fait – qui a fait quoi et pourquoi nous semblent deux questions bien difficiles à saisir. (Relevons qu’une note, page 307, n’aurait peut-être pas été inutile pour les lecteurs français qui ne connaissent pas tous Emil, le personnage d’Astrid Lindgren, d’autant plus que celui-ci a longtemps été appelé Zozo la Tornade dans les traductions Hachette/Bibliothèque rose et Le Livre de poche.)

 

* Camilla Läckberg, Le Dompteur de lions (Lejontämjaren, 2014), trad. Lena Grumbach, Actes sud (Actes noirs), 2016

Défaillance

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« Il s’appelle David Sarac. Il est policier. Et… ? » Ainsi débute, ou quasiment, Défaillance, roman signé Anders de la Motte. Puis d’autres personnages apparaissent et le lecteur d’abord quelque peu récalcitrant (la trilogie Le Jeu ne l’ayant pas franchement emballé) se laisse embarquer. Ce policier a perdu la mémoire à la suite d’un grave accident de la circulation. Pourquoi autant d’individus cherchent-ils à savoir qui est ce fameux Janus, un indic (« un infiltré top secret parmi les plus gros requins de la pègre ») qui informait David Sarac ? Sur qui peut-il compter et, surtout, de qui doit-il se méfier ? La paranoïa survient-elle toujours après un AVC ? « Il s’appelle David Sarac. Il est policier. Et il a commis un acte impardonnable ». Le lecteur finira par apprendre lequel après cinq cents pages d’enquête mêlant truands de haut vol ou simples malfrats, politiciens et policiers jouant plusieurs jeux. Quand chacun manipule l’autre… Du polar à l’ancienne, finalement et en dépit d’une fin à rebrousse-poil. Pour ceux qui aiment.

 

* Anders de la Motte, Défaillance (MemoRandom, 2014), trad. Carine Bruy, Fleuve (Fleuve noir), 2015

Meurtres à Kiruna… 

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Åsa Larsson poursuit sa série policière prenant pour cadre la région de Kiruna. Après Horreur boréale (Gallimard/Série noire, 2006) et Le Sang versé (Albin Michel, 2014), voici La Piste noire (Svart stig, 2006, trad. Caroline Berg, Albin Michel, 2015) avec, aïe ! un bandeau rouge sur la couverture : « la série suédoise culte, déjà plus de 4 millions d’exemplaires ». Parce qu’un best-seller est forcément un bon livre ? Parce qu’il convient de le lire pour… pour quoi ? Cette fois-ci, plus de pasteur assassin mais toujours Rebecka Martinsson comme personnage central. Un pêcheur découvre le cadavre d’une femme à l’intérieur d’une cabane dans laquelle il se réfugie pour échapper au froid. Représentée par Anna-Maria Mella et Sven-Erik Stålnacke, la police de Kiruna fait appel à Rebecka Martinsson, qui, toujours avocate, travaille aujourd’hui pour le procureur. La femme assassinée était la porte-parole d’une société minière internationale dirigée par le richissime Mauri Kallis, originaire de la région et vers lequel les soupçons convergent. (Remarquons, en ce qui concerne la traduction, que l’E10, qui relie Narvik, en Norvège, à Luleå, n’est pas une autoroute mais une simple route à deux voies de circulation, ce qui est suffisant à cette latitude.) Åsa Larsson signe là un roman beaucoup plus dense que les précédents, avec une intrigue centrée sur la délinquance économique. 

Tant que dure ta colère

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Toujours la Laponie suédoise pour Åsa Larsson et son enquêtrice, la procureure Rebecka Martinsson, dans ce roman, Tant que dure ta colère. Le corps d’une femme est découvert dans une rivière, au nord de Vittangi. Une noyade ? Un meurtre, plutôt, selon le médecin légiste, intrigué par les propos de Rebecka qui affirme que la victime lui a parlé au cours d’un rêve. Åsa Larsson reprend le procédé utilisé par Mons Kallentoft, qui n’hésite pas, dans ses romans (cf. en particulier Été, publié en Suède en 2008, la même année que Tant que dure ta colère), à faire converser les morts ou à leur faire relater l’histoire. Elle n’en abuse pas mais s’en sert pour étayer l’enquête, pour remplacer ce fameux instinct que nombre de policiers revendiquent. Rebecka assiste ici la policière Anna-Maria Mella, laquelle soupçonne deux hommes, deux frères dont l’attitude est violente et dont le père a été proche des nazis durant la Deuxième Guerre « dans la Suède soi-disant neutre », où tant les soldats allemands, d’abord, que les services secrets alliés, ensuite, purent trouver une certaine bienveillance. La procureure, elle, est chargée du suivi du dossier, elle entend le faire avec professionnalisme. « Je suis responsable, alors il faut que ça file droit. Et ce n’est pas mon style de laisser les rênes à d’autres. » Si ce roman n’est sans doute pas appelé à faire date, il est bien construit et se lit avec plaisir. Du bon Åsa Larsson.

 

* Åsa Larsson, Tant que dure ta colère (Till dess din vrede upphör, 2008), trad. Rémi Cassaigne, Albin Michel, 2016

Chacun sa vérité

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« Détective privé. Si la police ne peut rien pour vous, n’hésitez pas à faire appel à moi. » Ainsi Kouplan, « détective sans-papiers » pourvu de ce « nouveau nom », fauché et attentif à ne pas croiser le chemin de la police, propose-t-il ses services sur le plus grand site de petites annonces de Suède. Il ne correspond pas exactement à l’idée que la femme qui le contacte se fait d’un enquêteur : « …Il ne peut s’agir en aucun cas de l’adolescent en tenue délavée qui se plante sous son nez et lui adresse un regard interrogateur (…) Il doit avoir plus de quatorze ans, mais pas plus de dix-huit. » En réalité, cet « homme aux airs de garçon » a vingt-cinq ans, il est iranien d’origine. Est-il capable de retrouver la fillette qui a disparu ? Il s’invente un passé, un CV, pour l’occasion. Pour être crédible et… embauché par cette femme qui, il ne sait d’abord pas pourquoi, ne tient pas à aviser la police de la disparition de Julia, sa fille. Sara Lövestam a déjà publié plusieurs livres, qui lui ont assuré un certain succès (songeons à ce beau roman intitulé En route vers toi). Ce n’est pas sans talent qu’elle s’aventure aujourd’hui dans le domaine de la littérature policière, en mettant en scène un enquêteur au profil peu courant, totalement à l’opposé des « privés » auxquels le genre a habitué ses lecteurs – si ce n’est que Kouplan est lui aussi toujours dans la dèche. Mais sans doute faut-il lire Chacun sa vérité comme un pastiche de roman policier et plus encore comme un roman, tout simplement, qui joue sur la vraisemblance et la fiction et dont la toile de fond serait l’immigration et en l’occurrence les difficiles conditions d’accueil en Europe des migrants. Un second volume semble être d’ores et déjà annoncé.

 

* Sara Lövestam, Chacun sa vérité (Sanning med modofikation, 2015), trad. Esther Sermage, préf. Marc de Gouvenain, Robert Laffont (La bête noire), 2016

 

Ultimatum

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Autant la trilogie Le Jeu (Play, Buzz et Bubble) nous avait semblé sans grand intérêt, autant les deux volumes suivants de Anders de la Motte, Défaillance et, aujourd’hui, Ultimatum, nous semblent relever du bon roman policier. Il y a une vraie trame, certes pleine de rebondissements et non dénuée d’invraisemblances, mais les écrivains sont parfois là pour respecter la loi du genre. Avec Ultimatum (qui est la suite de Défaillance) Anders de la Motte livre un roman policier qui prend la vie politique suédoise pour cadre. Nous ne sommes pas dans une fiction centrée sur tel ou tel ministre ou élu (nous sommes loin de la série télévisée Borgen ou des roman de Hanne-Vibeke Holst), mais plusieurs des personnages, ici, ont des soucis à se faire pour la suite de leur carrière tant leurs liens avec le banditisme sont étroits. « Une conspiration au sein de la police, une mystérieuse société de sécurité et des corps qui disparaissent… »

 

* Anders de la Motte, Ultimatum (UltiMatum, 2015), trad. Carine Bruy, Fleuve (Noir), 2017