N-O-P

Séquence

Unknown 41

Un homme tente de se suicider en avalant des médicaments. Conduit à l’hôpital, il est enlevé par… On ne sait pas trop qui. Une puissance étrangère, sans doute, mais bientôt, ce n’est plus si évident. Ainsi commence le roman de Fredrik T. Olsson, Séquence (Slutet på kedjan, 2014), trad. Carine Bruy, Fleuve, 2015). Très vite on découvre que ce nommé William Sandberg est un spécialiste suédois du décryptage, habitué au « secret défense », et que l’énigme qu’on lui demande de résoudre est d’une gravité extrême. « S’il existait une menace concrète et majeure qui ne concerne pas qu’un seul pays. Si quelque chose était sur le point de nous arriver à tous et qu’on redoutait qu’il soit impossible de l’éviter. Si tel était le cas et qu’on voulait à tout prix empêcher le grand public de le découvrir. Alors, dans ce cas, peut-être. » Peut-être qu’une organisation placée au-dessus de l’ONU requerrait les services de William Sandberg. Donné pour un « roman policier », Séquence relève plutôt du roman de science-fiction ou du roman d’espionnage : quand l’Histoire de l’espèce humaine est inscrite dans ses gènes, jusqu’à sa disparition par le biais d’une terrible maladie. De l’action, il y en a, mais au-delà… ? Beaucoup de bavardage (plus de six cents pages), dirions-nous, pour ce qui est un scénario de film catastrophe. 

Bäckström 2, Celui qui terrasse le dragon

9782743634599

Leif G.W. Persson commence à posséder ici une solide bibliographie : ce nouveau roman, le deuxième de la série Bäckström, Celui qui terrasse le dragon, est aussi le huitième titre traduit du célèbre criminologue. Ses deux ouvrages directement consacrés à l’affaire Olof Palme (La Nuit du 28 février, réédité sous le titre d’origine, Entre le désir de l’été et le froid de l’hiver, et Comme dans un rêve) allaient au-delà du roman policier puisqu’ils émettaient une véritable théorie sur l’une des grandes énigmes de la vie politique et criminelle suédoise : la responsabilité des services secrets suédois dans la mort du Premier ministre. Cette série, en revanche, s’inscrit dans la fiction – bien que reposant sur la propre expérience de l’auteur. Son héros ? Le commissaire Evert Bäckström de la brigade de Solna, près de Stockholm, parmi d’autres personnages récurrents des autres titres de l’auteur. Un flic pas franchement sympathique car bourrés de préjugés : misogyne, raciste, hostile aux jeunes, aux homosexuels et à tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Un gros lourdingue comme on en connaît tous, qui a peur pour sa santé mais ne résiste pas à l’appel du gosier et du ventre. Un flic à l’opposé de ceux mis en scène par les romanciers nordiques, presque touchant, paradoxalement, car à côté de tout et, finalement, plus perspicace qu’il ne le semble de prime abord. Le parfait antihéros en quelque sorte – autrement dit, et comme il se voit lui-même : « …Un homme suédois tout à fait normal dans la fleur de l’âge, enquêteur légendaire et incarnation des fantasmes de toute femme. » Ce volume débute par l’assassinat d’un comptable de soixante-huit ans passablement alcoolique. « Un meurtre de poivrot tout ce qu’il y a de plus banal, dit Bäckström en hochant lourdement la tête » et qui sera résolue en cinq minutes ou, au pire, en quarante-huit heures ? C’est ce que tout laisse d’abord à penser mais divers éléments vont, l’un après l’autre, totalement modifier cette hypothèse. Comme dans ses précédents romans, Persson use d’un procédé consistant à dévoiler ce que pensent ses personnages. Si pour certains, l’écart entre ce qui est dit et ce qui est pensé peut se révéler drôle, ce procédé finit par être lassant : les cogitations de Bäckström, notamment, ne sont pas toutes des plus fines. Mais on se dit que ce n’est pas si grave car G. W. Leif Persson sait donner de la profondeur à ses enquêtes et ses policiers nous semblent familiers. Celui qui terrasse le dragon n’est peut-être pas son chef-d’œuvre mais les amateurs de romans policiers nordiques ne sauraient le dédaigner.

 

* Leif G.W. Persson, Bäckström 2, Celui qui terrasse le dragon (Den som dödar draken, 2008), trad. Catherine Renaud, Rivages (Thriller), 2016