Sociéte

Le Syndrome du bien-être

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Les toutes premières livres de l’ouvrage de Carl Cederström et André Spicer, Le Syndrome du bien-être, donnent le ton : « On aurait du mal à imaginer Jean-Paul Sartre et ses camarades de la rue d’Ulm se préoccuper de leur bien-être pendant leurs études (…). Il va sans dire que la gravité des enjeux politiques et philosophiques l’emportait de loin sur les considérations d’ordre sanitaire. » Sartre est peut-être un peu excessivement porté aux nues, selon nous, mais la remarque n’en est pas moins intéressante. Le bien-être, c’est-à-dire la recherche de la santé physique et mentale, est aujourd’hui un objectif consensuel au point qu’il en est suspect. « Lorsque être heureux et en bonne santé devient la norme, ceux qui échouent à rentrer dans le moule portent inévitablement les stigmates de l’échec. » Et Carl Cederström et André Spicer d’évoquer ici divers exemples (dont certains au Danemark ou en Suède), tous pourtant apparemment anodins. Au nom de notre santé, une idéologie se met en place, affirment-ils, une « optique réductionniste » qui évince les problèmes de fonds. Les individus sont culpabilisés parce qu’ils mangent de mauvais aliments, qu’ils sont, conséquence logique, trop gros ou trop souvent malades, alors que l’indignation ne porte pas sur leurs conditions de logement déplorables ou sur le chômage qui les frappe. Cette « optique » sélective n’est bien sûr pas neutre politiquement, bien qu’elle s’effectue aujourd’hui avec l’assentiment de quasiment tous les partis politiques. Elle est profondément réactionnaire, assurent les deux auteurs, et s’accompagne de mesures relevant plus de la philanthropie que de la juste répartition des richesses. Des présentateurs télés conseillent d’améliorer la qualité des repas dans les cantines scolaires, d’autres, du même acabit, défendent la commercialisation de véhicules électriques : surtout, prétendent-ils ainsi, ne changeons pas l’essentiel, la hiérarchie sociale et la marchandisation du monde, contentons-nous de le rendre moins oppressant. Au fond, tout cela vise « à légitimer les injustices, la pauvreté et les divisions de classes. Les pauvres ne sont pas en proie à des inégalités structurelles ; ils manquent juste de bonne volonté pour sortir de leur condition. » On nous prend pour des imbéciles : nous le savons, tant cela est flagrant, souvent, il suffit d’allumer la télé ou d’écouter nos têtes pensantes officielles. Il n’est cependant pas inutile de nous le rappeler, comme s’y exercent dans ce livre, Le Syndrome du bien-être, Carl Cederström et André Spicer.

 

* Carl Cederström et André Spicer, Le Syndrome du bien-être (The Wellness syndrome, 2015), trad. de l’ang. Édouard Jacquemoud, L’Échappée, 2016

Développer l’estime de soi de son enfant

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Sous-titré « Les clés d’une éducation bienveillante » et signé Petra Krantz Lindgren, ce livre, Développer l’estime de soi de son enfant, s’adresse aux parents mais, comme l’affirme l’auteure dans son introduction, « il est tout à fait possible de changer le mot ‘parent’ pour ‘adulte’ ». « Ne serait-ce pas merveilleux si nos enfants pouvaient grandir en écoutant leur voix intérieure ? S’ils avaient le courage de suivre leurs propres envie et de réaliser leurs propres rêves ? » explique-t-elle par ailleurs. Et Petra Krantz Lindgren (diplômée en sciences comportementales et animatrice d’un blog populaire « En annan du » – « Un autre toi ») de nous présenter toute une série de situations difficiles ou conflictuelles avec des enfants, des très jeunes aux adolescents, et les techniques qu’elle propose pour les résorber. Toutes reposent sur des postulats très simples, à la limite du pléonasme, comme celui-ci : « Les enfants font comme les adultes », « que nous le voulions ou pas, nous, les parents, sommes des modèles pour nos enfants » ou encore « pour qu’un enfant ose croire en sa valeur, il est important que ses parents ou d’autres adultes proches s’intéressent à lui… ». Et l’auteure de nos décliner les diverses facettes de cette bienveillance qu’elle brandit et qui, selon elle, apaise les tentions inhérentes aux relations adultes-enfants, en responsabilisant ces derniers. Car c’est ainsi, conclut-elle, que peuvent s’instaurer des relations d’« équidignité ».

 

* Petra Krantz Lindgren, Développer l’estime de soi de son enfant (Med känsla för barns självkänsla, 2014), trad. Sara Hamberg Bussenot, Eyrolles, 2017