Société

Hygge

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Sous-titré « L’art du bonheur à la danoise », ce livre, Hygge, n’apporte aucune révélation et pourtant, il est présenté comme un succès de librairie, voire comme un phénomène de société. « Le hygge survient lorsque nous savourons le plaisir de l’instant présent dans sa simplicité. » Pour être heureux, ou tout au moins commencer à se sentir bien dans sa peau, s’ouvrir aux autres est impératif, relève Louisa Thomsen Brits, qui, dans ce but, fournit une série de conseils, tous bien dans l’air du temps (notons la parution récente de plusieurs ouvrages sur ce thème). Guerres, terrorisme, fanatisme religieux, changement climatique, chômage, paupérisation, Trump et Le Pen et Fillon… tout va plutôt mal dans ce monde et pour ne pas sombrer dans le désespoir, il peut être utile, argue-t-elle, de pratiquer une sorte de cocooning raisonnable, c’est-à-dire sans exclure quiconque mais au contraire, bienveillant, tourné vers les autres. Louisa Thomsen Brits rappelle que le « hygge », art de la simplicité volontaire, se pratique au Danemark et dans les Pays nordiques depuis longtemps. Ceci explique peut-être cela, peut-on dire, si l’on veut se creuser un instant la tête sur la question de l’œuf et de la poule : la mentalité nordique a créé cette façon de vivre et cette façon de vivre a étayé cette mentalité. Transposer ce « hygge » ailleurs, par exemple en France, pays où le « chacun pour soi » n’a cesse de s’affronter au « m’as-tu-vu », ne nous paraît pas tache aisée. Hélas !

 

* Louisa Thomsen Brits, Hygge (The Book of hygge, 2016, trad. de l’ang. Isabelle Chelley, photographies Susan Bell), Robert Laffont, 2016

Le Livre du Hygge

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Sommes-nous à ce point peu heureux, pour que les livres consacrés au « hygge » soient ici publiés avec une telle constance ? De Meik Wiking, fondateur de l’Institut de recherche sur le bonheur de Copenhague, voici Le Livre du Hygge (« prononcer HOU-GA » est-il écrit en couverture puisque le bonheur commence comme un souffle, ces deux syllabes). Avec, comme il se doit, les quelques méthodes imparables pour vivre mieux : les bougies chez soi, l’attention portée à ses proches, une alimentation saine mais non restrictive, une tenue vestimentaire appropriée, etc., etc. Un cocooning qui ne serait pas excluant, que les Danois pratiquent au quotidien (notons que depuis peu le Danemark n’est plus le pays où les habitants se sentent le plus « heureux » – puisque relégué à la deuxième place, derrière la Norvège). Pourquoi pas ? Et comme tout paraît simple en cette période électorale dénuée de débats de fond (la culture ? l’éducation ? les conditions de travail ? l’accueil des migrants ? l’environnement ?...). « Le hygge se caractérise (…) par une grande prévenance spontanée. Personne ne se met en avant ou ne domine la conversation pendant trop longtemps. L’égalité est un élément important du hygge – une caractéristique profondément ancrée dans la culture danoise… » Et l’auteur de rappeler que le propre du hygge est le « peu » et le « lent » et que « la simplicité et la modestie sont essentielles au hygge. » De ce point de vue, entendu, et vive la décroissance !

 

* Meik Wiking, Le Livre du Hygge (The little book of hygge. The Danish way to live well, 2016), trad. de l’ang. Marion McGuiness, First, 2016