Société

Hygge

Unknown 186

 Les éditeurs suivent la voie du succès prévisible. Lequel, heureusement, ne garantit pas toujours le succès. Après avoir inscrit, quasiment tous, des romans policiers nordiques à leur catalogue, voilà qu’ils nous proposent avec une belle unanimité la « recette danoise du bonheur », autrement dit les leçons à retenir du hygge. Ainsi s’intitule, tout simplement, l’ouvrage de Pia Edberg proposé par les éditions Dunod. Hygge, ou comment « se réjouir des choses simples », comme l’indique le sous-titre. Danoise, psychologue et coach qui vit aujourd’hui au Canada (et se livre à la lecture de cartes de tarots !), Pia Edberg nous explique que « ce qui compte, c’est le rapport aux autres » et « le plus important, c’est la simplicité ». Autrement dit, « le hygge est une notion simple, qui consiste à apprécier les petites choses de la vie ».

 

* Pia Edberg, Hygge (The Cozy life, rediscover the joy of the simple things through the danish concept of hygge, 2016), trad. de l’anglais Xavier Kemmlein, Dunod, 2017

La Vie en famille

Download 3

« Une famille n’est plus simplement papa, maman et les enfants », note le thérapeute et conférencier Jesper Juul (né en 1948) en introduction de son essai La Vie en famille. « Être mère seule ou père seul au foyer n’est plus forcément considéré comme le signe d’un échec social ou d’un fiasco amoureux. Sont aussi apparues les familles recomposées… » Pour tenter de remédier aux maux qui aujourd’hui disloquent les familles, traditionnelles ou recomposées, Jesper Juul met en avant ce qu’il appelle quatre valeurs : équidignité, intégrité, authenticité et responsabilité. Ces valeurs sont « transculturelles », estime-t-il, et, ensemble, forment un « socle fondamental » sur lequel retisser les liens distendus. Il va, dans son livre, donner des exemples : quand ces valeurs ne sont pas mises en application et quand elles le sont, et montrer que la vie familiale pourrait être beaucoup plus simple. Jusqu’au moment, toutefois, où ces quatre valeurs s’affrontent à celles « de l’économie de marché ». « On peut d’ailleurs se demander s’il est encore possible de se comprendre en tant qu’être humain aujourd’hui sans avoir compris l’économie de marché, ses mécanismes et sa philosophie. » Replacer une problématique particulière dans un contexte plus large n’est pas inutile, en effet. La Vie en famille est un livre riche d’arguments.

 

* Jesper Juul, La Vie en famille (Livet i familien, 2004), trad. David Dutarte, Fabert, 2017

 

Le Cahier hygge pour les nuls

Unknown 259

Détrompez-vous si vous pensez que le hygge est une mode de plus, avec une seule intention : berner le pauvre récalcitrant qui sommeille en vous. « Le capitalisme n’est pas hygge », apprend-on dans ce livre de Marion McGuinness, Le Cahier hygge pour les nuls. Il était temps de l’affirmer, n’est-ce pas ? Diverses méthodes sont présentées ici pour rendre hygge son chez-soi ou son lieu de travail. L’important est de se sentir bien dans sa vie quotidienne, simplement. « C’est un hymne à un mode de vie équilibré, simple et proche de la nature et de ses rythmes. Le hygge, c’est un bien-être physique et émotionnel, qui dépend de son environnement aussi bien social que géographique, et des choix d’activités qui permettent de se reconnecter les uns aux autres. »

 

* Marion McGuinness, Le Cahier hygge pour les nuls (ill. Marygribouille), First, 2017

 

Bienvenue à Copenhague

Bienvenue a copenhague

Sous-titré « Recettes savoureuses d’une ville 100% hygge », Bienvenue à Copenhague est le genre de cadeau à faire à quelqu’un en partance pour la première fois pour le pays de la Petite sirène – ou de retour. Les recettes que contient ce livre sont pour la plupart simples et alléchantes : risalamande (riz à l’amande), nøddekager (biscuits aux noisettes), byg-grød med selleri (porridge d’orge au céleri), rødkål (chou rouge) et même knæbbrød ou rugbrød (pain de seigle complet). De quoi devenir gourmand, pour qui ne l’était pas. Des articles présentent diverses facettes du Danemark : le « hygge », mode oblige, la parité, la « ville libre de Christiana » (qui « aurait presque des airs de petit paradis sur Terre »), l’importance du vélo à Copenhague… De très belles photos des plats mais aussi et surtout de la ville illustrent ce livre, une réussite dans le genre.

 

* Jane Pedersen, Bienvenue à Copenhague, Mango, 2017

 

Hygge

Unknown 1

Sous-titré « L’art du bonheur à la danoise », ce livre, Hygge, n’apporte aucune révélation et pourtant, il est présenté comme un succès de librairie, voire comme un phénomène de société. « Le hygge survient lorsque nous savourons le plaisir de l’instant présent dans sa simplicité. » Pour être heureux, ou tout au moins commencer à se sentir bien dans sa peau, s’ouvrir aux autres est impératif, relève Louisa Thomsen Brits, qui, dans ce but, fournit une série de conseils, tous bien dans l’air du temps (notons la parution récente de plusieurs ouvrages sur ce thème). Guerres, terrorisme, fanatisme religieux, changement climatique, chômage, paupérisation, Trump et Le Pen et Fillon… tout va plutôt mal dans ce monde et pour ne pas sombrer dans le désespoir, il peut être utile, argue-t-elle, de pratiquer une sorte de cocooning raisonnable, c’est-à-dire sans exclure quiconque mais au contraire, bienveillant, tourné vers les autres. Louisa Thomsen Brits rappelle que le « hygge », art de la simplicité volontaire, se pratique au Danemark et dans les Pays nordiques depuis longtemps. Ceci explique peut-être cela, peut-on dire, si l’on veut se creuser un instant la tête sur la question de l’œuf et de la poule : la mentalité nordique a créé cette façon de vivre et cette façon de vivre a étayé cette mentalité. Transposer ce « hygge » ailleurs, par exemple en France, pays où le « chacun pour soi » n’a cesse de s’affronter au « m’as-tu-vu », ne nous paraît pas tache aisée. Hélas !

 

* Louisa Thomsen Brits, Hygge (The Book of hygge, 2016, trad. de l’ang. Isabelle Chelley, photographies Susan Bell), Robert Laffont, 2016

Le Livre du Hygge

Unknown 184

Sommes-nous à ce point peu heureux, pour que les livres consacrés au « hygge » soient ici publiés avec une telle constance ? De Meik Wiking, fondateur de l’Institut de recherche sur le bonheur de Copenhague, voici Le Livre du Hygge (« prononcer HOU-GA » est-il écrit en couverture puisque le bonheur commence comme un souffle, ces deux syllabes). Avec, comme il se doit, les quelques méthodes imparables pour vivre mieux : les bougies chez soi, l’attention portée à ses proches, une alimentation saine mais non restrictive, une tenue vestimentaire appropriée, etc., etc. Un cocooning qui ne serait pas excluant, que les Danois pratiquent au quotidien (notons que depuis peu le Danemark n’est plus le pays où les habitants se sentent le plus « heureux » – puisque relégué à la deuxième place, derrière la Norvège). Pourquoi pas ? Et comme tout paraît simple en cette période électorale dénuée de débats de fond (la culture ? l’éducation ? les conditions de travail ? l’accueil des migrants ? l’environnement ?...). « Le hygge se caractérise (…) par une grande prévenance spontanée. Personne ne se met en avant ou ne domine la conversation pendant trop longtemps. L’égalité est un élément important du hygge – une caractéristique profondément ancrée dans la culture danoise… » Et l’auteur de rappeler que le propre du hygge est le « peu » et le « lent » et que « la simplicité et la modestie sont essentielles au hygge. » De ce point de vue, entendu, et vive la décroissance !

 

* Meik Wiking, Le Livre du Hygge (The little book of hygge. The Danish way to live well, 2016), trad. de l’ang. Marion McGuiness, First, 2016